Sissako le retour
Publié le : jeudi 15 mai 2014
Cannes 2014

Depuis quel­ques années, l’Afrique était repré­sen­tée à Cannes en com­pé­ti­tion offi­cielle par Mahamat-Saleh Haroun. Le cinéaste tcha­dien avait reçu en 2010 le prix du jury avec Un homme qui crie, a fait partie 1 an plus tard du jury longs métra­ges pré­sidé par Robert De Niro, et concourra de nou­veau dans la pres­ti­gieuse sec­tion en 2013 avec son film Grigris. Il est membre cette année du jury de la Cinéfondation / courts métra­ges.

Absent de la croi­sette depuis Bamako en 2006, film qui fut pré­senté en séance spé­ciale hors com­pé­ti­tion, Abderrahmane Sissako revient en force avec son nou­veau film Timbuktu, le cha­grin des oiseaux, en com­pé­ti­tion offi­cielle. Considéré comme un des grands cinéas­tes du conti­nent, Sissako s’était fait remar­quer avec son film En atten­dant le bon­heur (Heremakono) sélec­tionné dans la sec­tion paral­lèle Un cer­tain regard à Cannes en 2002, où il décro­cha le prix de la cri­ti­que inter­na­tio­nale, puis récom­pensé par l’étalon d’Or de Yenenga au Fespaco 2003.
Depuis, le cinéaste mau­ri­ta­nien a réa­lisé peu de films mais tous ont rem­porté un franc succès auprès du public. Notamment avec La vie sur terre, film réa­lisé dans le cadre de la col­lec­tion d’ARTE à l’occa­sion du pas­sage à l’an 2000. Avec Bamako, il est un des très rares cinéas­tes afri­cains à avoir fran­chi la barre des 200000 entrées dans les salles fran­çai­ses.
Abderrahmane Sissako s’est également investi dans le projet « Des ciné­mas pour l’Afrique », qu’il avait lancé en 2009 au Fespaco à Ouagadougou, puis sous les feux de la croi­sette en com­pa­gnie de Juliette Binoche. Ce projet d’aide à la réno­va­tion de salles de cinéma en Afrique a pour point de départ le cinéma Soudan Ciné de Bamako. Le cinéaste mau­ri­ta­nien, qui a passé toute son enfance au Mali, y avait fait une bonne partie de son éducation ciné­ma­to­gra­phi­que.

Le cinéma de Sissako est poli­ti­que et s’ins­pire des tra­gé­dies socia­les du conti­nent. Ses films sont les expres­sions de l’injus­tice et des poli­ti­ques économiques absur­des infli­gées à l’Afrique. Les images sont douces, le récit est contem­pla­tif et nous rap­pelle le cinéma de Tarkovski. Mais elles sont également tran­chan­tes, elles tra­dui­sent dans le silence, la dou­leur du peuple afri­cain. Dans Timbuktu, le silence des oiseaux, il retrace l’occu­pa­tion jiha­diste au Nord du Mali. Lors de sa confé­rence de presse, le réa­li­sa­teur expli­que que " l’élément déclen­cheur a été la lapi­da­tion d’un couple non marié, père de deux enfants, dans un vil­lage au nord du Mali ". Le scé­na­rio dénonce l’insup­por­ta­ble. Comme dans Bamako, Sissako a fait appel à des figu­rants et comé­diens non pro­fes­sion­nels qui ont vécu cette tra­gé­die. Le film n’a pas été entiè­re­ment tourné à Tombouctou, mais à Oualata, un vil­lage hau­te­ment sécu­risé à l’extrême Est de la Mauritanie, près de la fron­tière malienne.
Le 15 mai sur la croi­sette, Abderrahmane Sissako offrira à l’Afrique, qui n’a pas eu de Palme d’or depuis 1975 [1] , de gran­des chan­ces de figu­rer au pal­ma­rès

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Run de Philippe Lacôte © DR

Le 2eme film repré­sen­tant le conti­nent s’ins­pire également d’un conflit san­glant qui eû lieu en Afrique sub­sa­ha­rienne. Run du franco ivoi­rien Philippe Lacôte est sélec­tionné dans la sec­tion Un cer­tain regard. Thierry Frémaux se défend d’avoir sélec­tionné ces 2 films « parce qu’ils sont afri­cains et poli­ti­ques », mais avant tout parce qu’ils sont beaux. « C’est un 1er film fort et Cannes doit mon­trer ce jeune réa­li­sa­teur » rajoute t-il.
Run retrace un pan de la crise ivoi­rienne qui éclata en 2011, à tra­vers les par­cours de 3 per­son­na­ges inter­pré­tés par Abdoul Karim Konaté, jeune comé­dien ivoi­rien ayant joué dans Le djassa a pris feu, film pro­duit par Philippe Lacôte. Le scé­na­rio de Run avait été sélec­tionné à la Cinéfondation de Cannes en 2012.

L’Afrique est également pré­sente dans la sélec­tion ACID, avec le 1er long métrage de la tuni­sienne Kaouther Ben Hania Le Challat de Tunis. Rajoutons que Moussa Touré, qui avait pré­senté La piro­gue l’année der­nière à Un cer­tain regard, fait partie cette année du jury de cette même sec­tion.

BT

1- Chronique des années de braise de Mohammed Lakhdar-Hamina (Algérie)

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