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30èmes rencontres cinéma de Gindou
Publié le : lundi 10 novembre 2014
Afrique, portraits de familles - 2

Hasard ou néces­sité de la pro­gram­ma­tion ? Les longs métra­ges de fic­tion trai­taient de la guerre, au Mali pour Sissako, en Algérie pour Salem ; les docu­men­tai­res s’atta­chaient à des femmes en lutte, Ken Bugul l’écrivaine séné­ga­laise vic­time de pré­ju­gés de tous types dans son propre pays et des femmes tut­sies qui témoi­gnaient avec leur enfant de 20 ans fruit des viols qu’elles ont subis pen­dant le géno­cide.

Quant aux courts métra­ges, ils étaient dédiés à la jeu­nesse : Souvenirs d’enfance pour Cédric Ido, grandi à Ouagadougou sous l’ère Sankara dans Twaaga, et d’ado­les­cence pour Les Jours d’avant , chro­ni­que d’un quar­tier algé­rois avant l’explo­sion de 1990. Traque des sans papiers en France sous forme d’un rap­port médi­cal pour Aïssa et décou­verte d’une réa­lité cultu­rel­le­ment insup­por­ta­ble par un jeune de la ban­lieue pari­sienne dans Le Retour.

La jeu­nesse des courts...

De ce tableau on déta­chera le poé­ti­que Twaaga. Un film qu’on vou­drait garder en bouche long­temps : 1985,Sankara à Ouaga, les dis­cours, la pous­sière, l’ambiance qu’on aime, les inter­ro­ga­tions de Manu, 8ans, lec­teur de bandes des­si­nées, sur l’iden­tité réelle des héros et qui ira jusqu’à détour­ner le Faso Dan Fani de son père, (tenue de coton local bap­tisé « Sankara arrive ») pour s’en faire un cos­tume. Le succès au coin de la rue pour Cédric Ido, jeune réa­li­sa­teur.

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Les Jours d’avant

Même démar­che pour Karim Moussaoui, dans Les Jours d’avant avec une tona­lité plus mélan­co­li­que : sou­ve­nirs d’un ado­les­cent de ban­lieue où on s’ennuie ferme entre copains et filles loin­tai­nes, Alger, 1990, juste avant que n’éclate la guerre civile. Nostalgie des der­niers ins­tants de calme avant l’irré­mé­dia­ble, et qui, avec le recul, font figure de para­dis perdu. Une caméra sen­si­ble.
Les deux jeunes dans Aïssa, de Clément Tréhin-Lalanne et Willy de Yohann Kouam, sont, sur le sol fran­çais, eux. Pas pour long­temps pour Aïssa : en 8 minu­tes chrono et la lec­ture d’un rap­port médi­cal, se joue le sort d’une jeune congo­laise sans papiers, elle annonce 17 ans, le méde­cin, cons­cien­cieux, prouve le contraire …On s’incline devant l’écriture !
Dans Le Retour , Willy, fran­çais de France a maille à partir avec le plus grand des tabous de l’uni­vers des ban­lieues : l’homo­sexua­lité . Qui le touche de près. La décou­verte, res­sen­tie comme une agres­sion per­son­nelle par le jeune garçon , fait explo­ser l’har­mo­nie fami­liale. Yohann Kouam ana­lyse le pro­ces­sus de vio­lence qui en découle.

Les femmes des docs...

Ken Bugul, l’écrivaine séné­ga­laise était dou­ble­ment à Gindou : à l’écran car le film de Silvia Voser lui est entiè­re­ment dédié, et devant le public pour la tchat­che qui suivit la pro­jec­tion. Pour beau­coup, une décou­verte. Portrait d’une femme hors normes, entre deux siè­cles, deux conti­nents, deux cultu­res. Ken Bugul : per­sonne n’en veut, son nom de nais­sance. Dernière enfant d’une fra­trie de 18, un père aveu­gle de 85 ans et une mère qui la délaisse, Ken Bugul la rebelle, va fuir sa bles­sure ori­gi­nelle, dans les études et la conquête de sa liberté, en 68. En Belgique d’abord, en France ensuite, pays où, men­diante de l’amour, elle se livre à tous les excès. Rejetée par les siens à son retour au pays, elle se réfu­giera dans l’écriture de romans auto­bio­gra­phi­ques qui feront scan­dale au Sénégal. Aujourd’hui, reconnue et res­pec­tée elle jette un regard désen­chanté sur son pays où la culture s’appau­vrit.
Sa pro­duc­tion lit­té­raire rythme désor­mais sa vie : « Je suis passée de la néces­sité à la pas­sion » dira cette belle femme devant un audi­toire conquis.
Silvia Voser, pro­duc­trice d’Idrissa Ouegraogo, de Djibril Diop Mambety, et autres poin­tu­res, n’a pas résisté à la fas­ci­na­tion. Elle livre son docu­men­taire, le pre­mier et le seul, ins­piré de l’œuvre lit­té­raire de Ken Bugul, un voyage poé­ti­que aux confins de l’âme humaine, entre luttes et éblouissement de sens. La parole d’une femme enfin apai­sée.

Rwanda, la vie après de Benoit Delvaux et André Versailles

Aux anti­po­des du pré­cé­dent. Paroles de mères : six femmes tut­sies, vic­ti­mes de viols se confient devant la caméra de Benoit Delvaux (par ailleurs cadreur des Frères Dardenne et pré­sent à Gindou). Il a été contacté par André Versailles pour les ren­contrer au sein de l’asso­cia­tion créée par une hutu modé­rée, une Juste dont le mari a été assas­siné lors du géno­cide.

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Rwanda, la vie après

Vingt ans qui n’ont rien réglé : les femmes vio­lées sont à jamais au ban de la société. Celles-ci ont quel­que chose en plus : un enfant ! Et deux d’entre elles témoi­gnent en leur. Un jeune homme, une jeune fille, qui n’igno­rent rien de leur ori­gine et ten­tent de s’inven­ter une vie de famille. Pour trans­crire l’indi­ci­ble, Benoit Dervaux a mis en place un pro­ces­sus de por­traits, fil­mant les femmes en situa­tion. Partir de l’ordi­naire pour bas­cu­ler en quel­ques mots à peine mur­mu­rés dans l’abo­mi­na­tion. De ces cen­tai­nes de mil­liers de vic­ti­mes de ces armes de des­truc­tion mas­sive, viol et sida, com­bien à être encore vivan­tes ? Combien à avoir été fécondées ? A avoir mené une gros­sesse à terme ? Avoir accepté leur enfant ?
Témoignage de ces femmes sans aucun statut social. Définitivement ostra­ci­sées par leur famille qui n’envi­sage pas d’accep­ter l’enfant d’un assas­sin, elles témoi­gnent dans ce film choral : « Elle est de moi, je dois l’aimer », « Je sou­hai­tais sa mort », « M’accep­tes tu comme mère ? » Témoignages hors du commun. Le regard de ces jeunes gens de vingt ans ouvre une brèche béante dif­fi­cile à oublier.

Ainsi allait la vie foi­son­nante à Gindou en cette 30eme four­née des Rencontres.

Michèle Solle
Gindou 2014

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