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Le palmarès vu de mon fauteuil
Publié le : dimanche 19 avril 2015
Fespaco 2015

Un président de jury qui annonce un palmarès dont les premiers prix vous restent inconnus après une semaine de fréquentation frénétique des salles, c’est une situation inédite, avouez ! Certes, visionner les 134 films du programme, sans compter les parachutés de dernière heure était impossible dès le départ. Difficile de se trouver au bon moment au bon endroit, jouer entre taxis et motos, se lever tôt, se coucher tard, résister aux tentations ouagalaises... On croit faire des choix, ils se font tout seuls. En fin de semaine, on se tricote ses petits pronostics et, le jour venu, on se réveille avec la gueule de bois . Récit !

Samedi 7 mars 2015, céré­mo­nie de clô­ture du 24ème FESPACO, Palais des Sports de Ouaga-2000, gardé par des hommes en armes, les 5000 places pas toutes occu­pées, gens et sacs fouillés pile poil, dis­cours d’hommes nou­veaux por­tant beau le faso dan fani, (insur­rec­tion du 30 octo­bre oblige), rythme sou­tenu, sono à revoir.
Suspense insou­te­na­ble : le réa­li­sa­teur gha­néen Kwaw Paintsil Ansah, pré­si­dent du jury longs métra­ges, rend un long hom­mage à sa grand mère, et en arrive, enfin, aux lau­réats.
- L’Etalon d’or de Yennenga à ….. « Fièvres d’Hicham Ayouch, Maroc » » le micro cra­chouille, des hur­le­ments cou­vrent l’annonce.... !
- L’Etalon d’argent de Yennenga à … « Fadhma N’Soumer de Belkacem Hadjaj, Algérie » Crachouillements, hur­le­ments. C’est tout le Maghreb qui se congra­tule ..
Pas de bol, il y avait 2 films maro­cains et 2 algé­riens en sélec­tion, j’ai vu les autres : le maro­cain « C’est eux les chiens » d’Hicham Lasri » excel­lent, déjà sorti en France, et « J’ai 50 ans » de l’algé­rien Djamel Azizi » clas­si­que mais sen­si­ble. Je me renie, envie de me cacher sous mon siège.
- L’Etalon de bronze à « L’Oeil du Cyclone de Sékou Traoré, Burkina Faso » Ouf ! Retour en pays connu ! Premier long métrage du réa­li­sa­teur, adap­ta­tion d’une pièce de théâ­tre de Luis Marquès, huis( pres­que) clos entre une avo­cate idéa­liste et un cri­mi­nel ex-enfant soldat sur fond de guerre civile et de cor­rup­tion des diri­geants afri­cains. Efficace et tendu . Les bravos emplis­sent le stade, enfin un pro­duit local qui pou­vait légi­ti­me­ment pré­ten­dre à une récom­pense ... Et même à plu­sieurs : meilleure inter­pré­ta­tion fémi­nine à Maimouna Ndiaye, meilleure inter­pré­ta­tion mas­cu­line à Fargass Assande, Prix Oumarou Ganda pour la meilleure pre­mière œuvre, et Prix spé­cial de l’inté­gra­tion de la CEDEAO, tous assor­tis de sommes remar­qua­bles, de quoi réjouir le jeune réa­li­sa­teur qui a bouclé son budget par le biais d’un crow­fun­ding.

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Laetitia Eido
Remise de l’Etalon d’argent de Yennenga

Cerise sur le gâteau : une sublime inconnue, suivie d’un homme en cos­tume sombre, arpente, en un va-et-vient hyp­no­ti­que, le tapis rouge comme sa robe : Laetitia Eido, l’actrice franco liba­naise héroïne du rôle titre de l’Étalon d’argent, Fadhma N’Soumer ; et lui le repré­sen­tant du réa­li­sa­teur Belkacem Hadjadj absent . Certes, elle n’a pas rem­porté de prix d’inter­pré­ta­tion, mais, qui mieux qu’elle pour rece­voir outre l’Argent de Yennenga, le prix du meilleur scé­na­rio, celui du meilleur mon­tage et celui du meilleur son ?
Au total, le jury des longs métra­ges aura décerné 14 récom­pen­ses . Prix du meilleur décor et de la meilleure musi­que à Timbuktu, déjà multi primé ailleurs : hon­neur à Abderrahmane Sissako, invité pres­ti­gieux, enfant pro­di­gue, et dont le film, menacé de retrait pour des raison sécu­ri­tai­res, aurait peut être gagné à ne pas être sélec­tionné.

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Sekou Traoré (centre), Cheick Fantamady Camara (droite)
Cheick Oumar Sissoko remet le prix Oumarou Ganda à Sekou Traoré

La meilleure image pour « C’est eux les chiens » de Hicham Lasri. Cheick Fantamady Camara, réa­li­sa­teur modeste et dis­cret ori­gi­naire de la Guinée Conakry, rem­porte, lui, le prix Paul Robeson pour « Morbayassa, le ser­ment de Koumba » film cha­leu­reux dans lequel s’épanouit la chan­teuse et actrice Fatoumata Diawara.
Comment inter­pré­ter le prix de la meilleure affi­che décerné à Missa Hebié du Burkina Faso pour Cellule 512, ? Seule et unique récom­pense pour ce film à visées popu­lai­res, tourné dans la prison de Ouaga, qui dénonce dans le style série télé très prisé du public les tri­bu­la­tions d’une hon­nête citoyenne empri­son­née (à tort) face aux hor­reurs de l’uni­vers car­cé­ral et de la cor­rup­tion géné­ra­li­sée. Gadget de conso­la­tion ?



Déclaration du pré­si­dent du jury docu­men­tai­res et des films d’écoles, Ousmane William Mbaye, très classe : 35 films soit 20 longs métra­ges et 15 courts, c’est beau­coup pour un seul jury qui prend son rôle au sérieux ! La qua­lité des films est iné­gale, et tous les pays ne sont pas repré­sen­tés ; ceci dit, il prend le soin de moti­ver les prix accor­dés. Même trai­te­ment pour les docu­men­tai­res.

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Ousmane William Mbaye (droite)
Les membres du jury documentaires et des films d’écoles

Premier prix à « Miners shot down », du sud afri­cain Rehad Desai, pour « son rôle de témoin de la muta­tion poli­ti­que d’une société qui se vou­lait exem­plaire ». Le film, qui retrace com­ment les patrons, aidés par le gou­ver­ne­ment, ont mas­sa­cré des mineurs en grève (images tour­nées par la police...) a pro­duit un grand effet auprès du public.
Deuxième prix à « Devoir de Mémoire » du malien Mahmadou Cissé « pour l’ori­gi­na­lité du point de vue et son sens de l’enga­ge­ment » .
Troisième prix à Tango Negro, les ori­gi­nes afri­cai­nes du Tango, de l’ango­lais Dom Pedro, « pour la maî­trise de la tech­ni­que. »

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Abdellilah Eljaouhary (centre)
Poulain d’or 2015

Courts Métrages et des Séries TV ; autre jury pré­sidé par Firmine Richard, à ne pas s’être économisé : 22 CM et 3 épisodes de 26 minu­tes des 9 séries... La pré­si­dente, tout sou­ri­res, déclare s’être bien amusée avec ses com­pa­gnons.
Courts métra­ges : L’or à « De l’eau et du sang » d’Abdellilah Eljaouhary , Maroc ; l’argent à « Madame Esther » de Luck Razanajoana Madagascar, le bronze à « Zakaria » de Leyla Bouzid Tunisie et men­tions à « les Avalés du Grand Bleu » de Kossivi Tchincoun Togo et Twaaga de Cédric Ido Burkina Faso. Il est vrai que la sélec­tion des courts était de bonne tenue et le podium, du coup, trop étroit ...





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Vous avez dit prix spé­ciaux ?

Très bien dotés (84000 Francs CFA au total), les prix spé­ciaux se fêtent désor­mais lors d’un gala à la fois fou­tra­que et guindé où la qua­lité de l’acous­ti­que passe loin après l’orga­ni­sa­tion des plans de table. Annoncés la veille du pal­ma­rès offi­ciel, ils peu­vent aussi repré­sen­ter un bon indice pour la suite, mais pas for­cé­ment...

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Les prix spéciaux

Ainsi « L’œil du Cyclone », et « Zakaria » y gagnè­rent 2 prix, ainsi que « La Sirène du Faso Fani » le docu­men­taire, très bien accueilli, du bur­ki­nabè Michel Zongo. Le jeune réa­li­sa­teur came­rou­nais Agbor Obed Agbor obtint le prix Unicef pour les droits de l’Enfant et les 7000 FCFA pour son court métrage « Damaru », Le prix de l’Union Européenne et 7000 FCFA à « Avant le prin­temps » d’Ahmed Atef , Egypte .
Pour son film « Des étoiles », Dyana Gaye, chou­chou des pro­nos­ti­queurs a rem­porté le prix de la meilleure réa­li­sa­trice ouest afri­caine de la CEDEAO pour 10000 FCFA . Prix annoncé que le len­de­main, lors de la remise des prix offi­ciels au palais des sports ...
Quant au prix Félix Houphouet-Boigny du Conseil de l’Entente, il revient au seul film ivoi­rien « Run » de Philippe Lacôte qui empo­che les 10000 FCFA. Imaginer la part de favo­ri­tisme inhé­rente à cette récom­pense ne ren­drait pas grâce à ce film ignoré du pal­ma­rès final mais qui, pour­tant, retrace avec une forte ori­gi­na­lité le destin d’un ivoi­rien façonné par les mondes qu’il ren­contre.

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Missa Hebié (centre)
Prix SIGNIS pour Cellule 512

Enfin, de quoi faire rele­ver la tête à Missa Hébié un autre régio­nal de l’étape, coque­lu­che d’un public fan de ses séries télé, « Commissariat de Tampy » entre autres, sa « Cellule 512 » rem­porte le prix Signis (Association Catholique Mondiale Pour La Communication ) et 2000 FCFA, dont les cri­tè­res d’attri­bu­tion s’atta­chent « aux valeurs humai­nes posi­ti­ves pou­vant être lues à la lumière du mes­sage de l’évangile ».
Ainsi ce film trash qui se com­plaît dans la dénon­cia­tion des des­sous les plus gra­ve­leux du monde car­cé­ral, touche les mem­bres d’un jury catho­li­que grâce au per­son­nage d’un admi­ra­ble mari qui résiste à toutes les ten­ta­tions et s’occupe par­fai­te­ment de ses enfants pen­dant l’incar­cé­ra­tion de leur mère. Une bonne occa­sion de véri­fier, s’il était encore besoin, que les voies du sei­gneur sont, déci­dé­ment, impé­né­tra­bles !

Michèle Solle

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