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Une autre facette de la vie du poète et écrivain nigérien porté à l’écran par sa fille
Publié le : mercredi 27 février 2019
Sur les traces de Mamani Abdoulaye

« Ce film est pour moi une quête d’un père que je n’avais pas vraiment connu. Je voulais faire découvrir aux nigériens, qui est véritablement Mamani Abdoulaye au-delà de son roman Saraounia- », ainsi s’est exprimée la réalisatrice Amina ABDOULAYE MAMANI peu après la projection de son film. Ce fut un challenge de 4 ans qui l’a menée un peu partout à la recherche des derniers compagnons de l’illustre disparu.

Dans ce film « Sur les traces de Mamani Abdoulaye », on retrouve un jeune homme qui dès le plus jeune âge s’est engagé en poli­ti­que dans un contexte colo­nial marqué par l’emprise de la pré­sence fran­çaise. Sans rete­nue et sans gants, Mamani Abdoulaye a été raconté par ceux qui conser­vent encore en mémoire une partie de l’his­toire poli­ti­que du Niger. Il s’agit de la lutte des clas­ses, des vio­len­ces pré et post-électorales ayant conduit à l’indé­pen­dance du pays, puis au régime dic­ta­to­rial de Seyni Kountché inter­venu à la suite du coup d’Etat du 15 avril 1974. La réalisatrice Amina Mamani introduisant son film Mamani Abdoulaye, c’est aussi l’his­toire de ce père qui n’était pas tou­jours là… pour sa famille. Dans le film, on y retrouve la jeune Amina, âgée de 10 ans atten­dant le retour de ce père parti en voyage et qui avait promis de reve­nir avec une poupée. Il ne revien­dra plus jamais. Avant Amina, son grand frère avait grandi sans la pré­sence pater­nelle, car ce der­nier vivait en exil. L’écrivain meurt en 1993, sur la route de Zinder à Niamey, en allant cher­cher un prix lit­té­raire, le prix Boubou Hama.

Sans peut-être le savoir, sans le vou­loir, Amina a exhumé un pan de l’his­toire du Niger ignoré par cer­tains livres. La ques­tion qui se pose, qui est réel­le­ment Abdoulaye Mamani ? L’ency­clo­pé­die en ligne Wikipédia le décrit comme un révo­lu­tion­naire. Engagé poli­ti­que­ment, Abdoulaye Mamani fait partie très tôt du Parti Progressiste Nigérien, avec notam­ment Boubou Hama, Djibo Bakari, Hamani Diori. En 1956, il a vingt-cinq ans, il est élu député de Zinder, avec le Sawaba parti né d’une scis­sion avec le Parti Progressiste. Il est ensuite dési­gné repré­sen­tant du Niger au Grand Conseil de l’Afrique Occidentale Française (AOF) à Dakar.

En 1960, à l’indé­pen­dance du Niger, le Sawaba est contesté par le pou­voir en place, et par Hamani Diori. Abdoulaye Mamani dirige le jour­nal du parti, mais ce der­nier est inter­dit. Abdoulaye Mamani décide donc de s’exiler. Il ne revient à Niamey que qua­torze ans plus tard, avec la chute du régime de Diori. Pendant son exil, l’écrivain voyage beau­coup : au Ghana, au Mali, en Algérie, en Égypte. En Algérie, il publie Poémérides en 1972, et sa pièce de théâ­tre Le balai, un an plus tard, en 1973. Lors de son voyage aux États-Unis, il est proche du mou­ve­ment du Black Panther Party.

À son retour au Niger après le coup d’Etat de 1974, il est empri­sonné par le pré­si­dent Seyni Kountché, qui avait déjà subi plu­sieurs ten­ta­ti­ves de coups d’État. Celui-ci était décidé d’enfer­mer tous les anciens acti­vis­tes poli­ti­ques. En prison, Abdoulaye Mamani côtoie un autre grand écrivain nigé­rien, Ibrahim Issa. À sa libé­ra­tion, en 1980, il publie son roman Sarraounia. L’intri­gue reprend des faits réels : la lutte d’une reine Azna contre la mis­sion Voulet-Chanoine. "Sarraounia" signi­fie "reine" en haoussa. C’est une fonc­tion qui dési­gne la cheffe du vil­lage de Lougou, au sud-est du Niger.

Abdoulaye Mamani reprend la fonc­tion et en fait le nom de son héroïne lit­té­raire. Le livre a été adapté au cinéma par Med Hondo : le film Sarraounia a été primé au fes­ti­val du FESPACO. Dans le film de Amina, Mamani Abdoulaye a sou­li­gné qu’il avait lon­gue­ment muri cette œuvre dans son esprit car il n’avait aucune res­source pour accou­cher ses idées. Pas d’écritoire, pas de stylo à plus forte raison de cale­pin.

La réa­li­sa­trice du film « Sur les traces de Mamani Abdoulaye » Amina débute au cinéma avec un docu­men­taire de fin d’études « Hawan idi » qui a rem­porté le 1er prix du meilleur film docu­men­taire d’école au FESPACO 2013.

Abandé Moctar

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