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Abdoulaye Diallo, un homme engagé
Publié le : dimanche 3 février 2008

Né en 1971 en Côte d’Ivoire, Abdoulaye Diallo vit et tra­vaille à Ouagadougou, au Burkina Faso. Gestionnaire du Centre de presse Norbert Zongo, réa­li­sa­teur, co-fon­da­teur du fes­ti­val « Jazz à Ouaga » et de « Ciné Droit Libre », web­mas­ter… Abdoulaye Diallo est un homme de culture et de médias engagé. Il a co-réa­lisé plu­sieurs docu­men­tai­res dont « Borry Bana, le destin fatal de Norbert Zongo », « Télé guerre, une chaîne de télé­vi­sion trans­for­mée en machine de pro­pa­gande des Forces Nouvelles » et « Sur les traces du Bembeya Jazz ».




Clap Noir
Pouvez-vous nous retra­cer votre par­cours ? Il semble que votre enga­ge­ment date de la pre­mière heure…

Abdoulaye DIALLO
J’ai effec­ti­ve­ment été engagé très tôt, d’abord dans le milieu asso­cia­tif. Au cours de mes études d’his­toire de l’art à l’Université de Ouagadougou, je suis devenu Secrétaire géné­ral de l’asso­cia­tion « Génération Cheikh Anta Diop », en hom­mage à cet illus­tre cher­cheur afri­cain. Notre but était de décom­plexer la jeu­nesse, de lui faire connaî­tre son his­toire et de mon­trer ses capa­ci­tés créa­tri­ces. Nous avons tra­vaillé en col­la­bo­ra­tion avec l’Institut des Peuples Noirs de Ouagadougou. C’est dans ce milieu d’intel­lec­tuels pro­gres­sis­tes dans lequel j’évoluais que j’ai eu l’occa­sion de ren­contrer Norbert Zongo, alors Directeur de publi­ca­tion de l’heb­do­ma­daire L’Indépendant. Grâce à lui, j’ai com­mencé à m’inté­res­ser à la presse et à la radio. Le 3 mai 1998, à l’occa­sion de la jour­née mon­diale de la liberté de la presse, le Centre National de Presse (CNP) a été inau­guré à Ouagadougou et j’en suis devenu le ges­tion­naire.

Clap Noir
Peu de temps après, le 13 décem­bre 1998, il y a eu le crime d’Etat à l’encontre de Norbert Zongo. Et votre pre­mier docu­men­taire lui ren­dant hom­mage…

Abdoulaye DIALLO
A la suite de l’assas­si­nat de notre confrère, de nom­breu­ses mani­fes­ta­tions popu­lai­res ont eu lieu dans tout le pays, notam­ment à Koudougou où était né Norbert. C’est à ce moment que nous avons eu l’idée, avec Luc Damiba, coor­don­na­teur du REN-LAC, une orga­ni­sa­tion qui lutte contre la cor­rup­tion au Burkina Faso, de faire « Borry Bana, le destin fatal de Norbert Zongo », un film qui retrace l’iti­né­raire de ce jour­na­liste exem­plaire, un homme qui a mené jusqu’au bout un combat sans com­plai­sance avec le pou­voir, pour une presse libre et d’inves­ti­ga­tion. Ce docu­men­taire, pro­duit par l’Institut Panos Afrique de l’Ouest et l’asso­cia­tion Semfilms, a reçu le sou­tien d’Amnesty International. Il a eu un impact incroya­ble sur les popu­la­tions, malgré sa cen­sure au Burkina Faso.

Dans la foulée, les mem­bres-fon­da­teurs du Centre National de Presse ont décidé de dédier cette struc­ture à sa mémoire en lui don­nant le nom de « Centre National de Presse Norbert Zongo ». Aujourd’hui, le Centre oeuvre au déve­lop­pe­ment sur le conti­nent afri­cain d’une presse indé­pen­dante et plu­ra­liste, en orga­ni­sant régu­liè­re­ment des col­lo­ques, ren­contres et échanges entre les jour­na­lis­tes et les hommes de médias du monde entier.

Abdoulaye sur le tournage de Bembeya Jazz

Clap Noir
Il y a eu ensuite « Télé guerre », puis « Sur les traces du Bembeya Jazz »…

Abdoulaye DIALLO
En 2005, nous sommes partis, Luc Damiba, Gidéon Vink et moi-même, en Côte d’Ivoire pour essayer de com­pren­dre, du côté de la zone rebelle, la crise qui sévis­sait dans ce pays. Nous avons ainsi pro­duit et réa­lisé « Télé Guerre ».

Puis, à l’occa­sion du fes­ti­val Jazz à Ouaga, dont je suis le coor­di­na­teur, j’ai eu l’occa­sion de ren­contrer le Bembeya Jazz, de retour sur scène depuis 2002. J’ai été véri­ta­ble­ment époustouflé par la pres­ta­tion de ce groupe mythi­que. J’ai décidé de partir en Guinée pour reve­nir sur ses traces, à la source de sa créa­tion. Il s’agis­sait pour moi de réa­li­ser un tra­vail sérieux de mémoire. Le film s’est cons­truit autour des témoi­gna­ges des mem­bres du groupe, de repor­ta­ges, mais aussi de photos et de films d’archive. Comme l’affirme le pré­si­dent Amadou Toumani Touré, « le Bembeya Jazz n’est pas seu­le­ment Guinéen. Il est Ouest-afri­cain. Il est Africain. Il est International. » Ce docu­men­taire, pré­senté en 2007 en com­pé­ti­tion lors du 20 ème FESPACO, a ren­contré un grand succès. Il a été monté en ver­sion cinéma (72 minu­tes) et télé (52 minu­tes)

Clap Noir
C’est aussi pour sou­te­nir le cinéma mili­tant que vous avez créé, avec vos deux aco­ly­tes, Damida et Vink, le fes­ti­val Ciné Droit Libre à Ouaga…

Abdoulaye DIALLO
L’idée de la créa­tion de ce fes­ti­val a germé en 2001, suite au refus du FESPACO de dif­fu­ser notre film sur Norbert Zongo. La pre­mière édition de ce fes­ti­val a ainsi vu le jour en 2005, orga­ni­sée par notre asso­cia­tion Semfilms. Ciné Droit Libre se veut une tri­bune d’expres­sion sur les droits humains et la liberté d’expres­sion. Il entend donner une plus grande visi­bi­lité aux cinéas­tes et jour­na­lis­tes du monde entier dont les œuvres sont cen­su­rées ou qui ren­contrent des dif­fi­cultés de dif­fu­sion du fait qu’elles sont déran­gean­tes ou polé­mi­ques. Nous sommes actuel­le­ment en cours de pré­pa­ra­tion de la IVème édition. A notre plus grande joie, la mani­fes­ta­tion ren­contre chaque année un public tou­jours plus nom­breux.

Sophie Hoffelt (Clap Noir)

  • Le 3 mars 2009 à 15:24, par Thierry Robin

    Article très intéressant de madame Sophie Hoffelt

    Thierry Robin

  • Le 22 mai 2009 à 12:14, par Dona

    Je commence a beucoup entendre parler de ce monsieur. Vraiment a encourager. Un grand monsieur que j’admire beaucoup. Courage M. Diallo, seule la lutte paie.

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