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Lussas et l’Afrique : rencontres fécondes
Publié le : vendredi 26 octobre 2007
Jean-Marie Barbe et Gora Seck nous font partager l’expérience d’AfricaDoc

Lussas est un petit vil­lage en Ardèche, deux rues qui se croi­sent autour d’une église. Mais Lussas, pen­dant les Etats Généraux du docu­men­taire (19-25 août 2007), c’est aussi cinq salles de pro­jec­tions, des ren­contres entre réa­li­sa­teurs, pro­duc­teurs et même si plus rares, dif­fu­seurs, un moment impor­tant pour les amou­reux du docu­men­taire. L’exi­gence et la curio­sité artis­ti­que y retrou­vent la convi­via­lité. Jean-Marie Barbe, son sym­pa­thi­que et infa­ti­ga­ble fon­da­teur, est un amou­reux de l’Afrique. C’est pour­quoi chaque année, Lussas pro­pose une très belle sélec­tion de films, comme dit Jean-Marie Barbe, "afri­cains et Sur l’Afrique".



Cette année, la sélec­tion "Afrique" a fait décou­vrir au public de Lussas toute une géné­ra­tion de jeunes docu­men­ta­ris­tes afri­cains. Beaucoup sont issus de la struc­ture AfricaDoc, une pépi­nière de talents basée sur l’île de Gorée, au Sénégal fondée et diri­gée par... eh, bien tou­jours par Jean-Marie Barbe. Celui-ci nous fait part de sa démar­che :

Qu’est-ce qu’AfricaDoc ?

"AfricaDoc est né en 2002, après un pre­mier voyage au Sénégal. La pre­mière rési­dence d’écri­ture docu­men­taire a eu lieu à Gorée, qui est devenu le lieu fédé­ra­teur. La ren­contre avec Maty Gueye, qui s’est char­gée de l’orga­ni­sa­tion sur place et de Gora Seck, par la suite, entre autres, a permis à la démar­che de se péren­ni­ser.

Est-ce qu’AfricaDoc est une forme d’école ?

Non, la struc­ture est très légère. AfricaDoc rayonne en réseau. Nous sommes déjà implan­tés au Mali, au Niger, au Congo, bien­tôt au Burkina et au Sénégal. Par la suite, nous avons convaincu deux orga­nis­mes de finan­ce­ment : la région Rhône Alpe et la Francophonie. Il y a d’autres pistes. Pour l’ins­tant, par manque de moyens, il nous est dif­fi­cile d’assu­rer le suivi des pro­jets. "

On voit sur­tout appa­raî­tre de jeunes réa­li­sa­teurs.

"Oui. Khady Sylla, Aïcha Thiam, Angèle Diabang Brener, Fabinta Diop, Malam Sagirou du Niger, Mamadou Seydou Diallo, sont, entre autres, de jeunes réa­li­sa­teurs. Nous pro­po­sons une rési­dence d’écri­ture, mais nous encou­ra­geons les réa­li­sa­teurs à conti­nuer à se voir, pour ne pas mourir comme la géné­ra­tion pré­cé­dente, pour aider une nou­velle géné­ra­tion à cons­truire."

Peut-on déjà dres­ser un bilan d’AfricaDoc ?

"Les par­ti­ci­pants sont 10 à 12 par rési­dence, il y a 2 à 3 rési­den­ces par an, ce qui fait 20 à 30 per­son­nes qui pas­sent par AfricaDoc chaque année. Lors de la rési­dence d’écri­ture, nous accom­pa­gnons leur projet et leur appor­tons une décou­verte du métier (ques­tion du point de vue, place du réa­li­sa­teur, décou­verte esthé­ti­que). Après la rési­dence d’écri­ture, AfricaDoc sou­tient les pro­jets, amène des allian­ces avec des pro­duc­teurs et... donne du cou­rage pour conti­nuer."

Gora Seck est l’un des relais au Sénégal d’AfricaDoc. Il est lui même réa­li­sa­teur, passé par AfricaDoc, issu de la fic­tion. Venu de l’uni­ver­sité Cheikh Anta Diop de Dakar, il a crée "les films de l’ate­lier" et pro­duit actuel­le­ment trois films issus des rési­den­ces d’écri­ture d’AfricaDoc. Il témoi­gne de l’impact de la ren­contre avec le docu­men­taire.

Vous avez décou­vert le docu­men­taire et avez laissé tomber la fic­tion

"La décou­verte à AfricaDoc du docu­men­taire a été un déclic. La for­ma­tion a donné des clés. Le docu­men­taire, c’est le lieu de réflé­chir à notre quo­ti­dien, notre réa­lité, sans lais­ser l’Autre, celui qui vient d’Europe, s’appro­prier cette réa­lité, en ne pas­sant sou­vent que trop peu de temps avant de s’appro­prier ces images."

"Pourtant, le docu­men­taire au Sénégal est encore très fra­gile. Il y a peu de struc­tu­res de pro­duc­tion et nous fai­sons des efforts, vains pour l’ins­tant malgré des pro­mes­ses, pour sen­si­bi­li­ser les auto­ri­tés séné­ga­lai­ses pour un sou­tien finan­cier. Le point posi­tif, c’est l’arri­vée du numé­ri­que, qui nous offre la liberté, de toute façon."

Quel rap­port avez vous avec les anciens ?

Les seuls que l’on puisse citer sont Samba Félix N’diaye et As Thiam. Ils ont d’ailleurs joué un rôle impor­tant dans la mise en place de struc­tu­res de for­ma­tion, comme le Médiacentre à Dakar. Ils avaient le désir de trans­met­tre. En fic­tion, en revan­che, c’est le fossé total.

Quels sont les rap­ports entre une struc­ture de pro­duc­tion séné­ga­laise comme le Médiacentre et une démar­che comme AfricaDoc ?

Malheureusement, cela manque de concer­ta­tion. Il y a des invi­ta­tions mutuel­les à voir des films mais pas de réelle col­la­bo­ra­tion. Tant qu’il n’y a pas de finan­ce­ment de la part de l’Etat (qui s’est dégagé de son sou­tien aux artis­tes depuis le départ de Senghor), nous ne pou­vons être sauvés que par un copro­duc­teur euro­péen. En revan­che, les ren­contres docu­men­tai­res de Gorée per­met­tent de ren­contrer des pro­duc­teurs euro­péens. Pour mieux asseoir cette poli­ti­que, nous tra­vaillons, à AfricaDoc, à la créa­tion d’une col­lec­tion qui sera nommée "Lumières d’Afrique",

Que l’on décou­vrira sur les écrans, de Lussas et d’ailleurs...

d’içi un an et demi - deux ans.

Propos recueillis par Caroline Pochon (Clap Noir)

Informations sur Africadoc Le site des états géné­raux du docu­men­taire : www.lus­sas­doc.com/ afri­ca­doc / index.html

Le site d’Africadoc (fran­co­co­phone, anglo­phone et luso­phone) : www. afri­ca­doc .org/fr

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