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La question du 35 mm et du cinéma numérique
Publié le : mardi 17 février 2009
Itw Michel Ouédraogo




Pour l’heure, les films sélec­tion­nés en com­pé­ti­tion reflè­tent la bonne santé de la pro­duc­tion ciné­ma­to­gra­phi­que du conti­nent de ces 2 der­niè­res années. Sélection néan­moins biai­sée par le main­tien du 35 mm en com­pé­ti­tion offi­cielle, « cri­tère d’excel­lence » selon Mr Ouedraogo. Ainsi, 80% des films ont été tour­nés en numé­ri­que mais quel­ques-uns seront en lice grâce au kines­co­page, pro­cédé de trans­fert de la vidéo sur pel­li­cule.
Résultat : une sélec­tion sin­gu­lière et arbi­traire, en déca­lage avec la qua­lité tech­ni­que qu’offre le 35mm et la diver­sité de l’oeuvre ciné­ma­to­gra­phi­que pro­po­sée. Elitisme, cinéma numé­ri­que au banc de la sélec­tion offi­cielle, ten­ta­tive d’expli­ca­tions du Délégué Général Michel Ouédraogo.

Vous avez parlé d’un Fespaco au quo­ti­dien, qu’enten­dez vous par là ?

C’est faire la pro­mo­tion du cinéma afri­cain au quo­ti­dien. Je crois qu’aujourd’hui, nous devons aller à la conquête de nos écrans, dans les salles mais aussi dans la télé­vi­sion. C’est pour ça que j’ai dit qu’il faut voir le cinéma afri­cain à tra­vers tous les sup­ports dis­po­ni­bles au quo­ti­dien.

Mais comme vous le savez les salles fer­ment, vous comp­tez mettre l’accent sur la télé­vi­sion ?

Nous avons besoin de tous les sup­ports pour faire la pro­mo­tion du cinéma au quo­ti­dien. Le sup­port essen­tiel ce sont les télé­vi­sions cer­tai­ne­ment mais ce sont les salles de cinéma. Car les écrans de cinéma doi­vent être natio­na­li­sés, excu­sez-moi le terme. Il faut qu’on ait une pro­gram­ma­tion qui prenne en compte les réa­li­tés afri­cai­nes.

A propos de la pro­gram­ma­tion cette année, vous avez main­tenu le cri­tère du 35 mm pour la com­pé­ti­tion longs métrage

Nous l’avons main­tenu parce que tous les pro­fes­sion­nels sont d’accord et par­ta­gent cette vision de conti­nuer avec le 35 mm. C’est une com­pé­ti­tion, nous recher­chons l’excel­lence et devons tra­vailler pour que cette sélec­tion soit res­pec­tée, c’est une réa­lité du cinéma. Si un jour, les lignes doi­vent évoluer, c’est que l’ensem­ble du monde du cinéma afri­cain aura convenu d’un commun accord qu’il faut faire bouger les lignes. Pour le moment, le Festival suit ses règles car, comme vous le savez, elles sont sacrées. Il faut véri­ta­ble­ment des rai­sons pro­fon­des pour me faire chan­ger le cri­tère de sélec­tion. On a eu le Bétacam, mais on a pas demandé à ce que ce format soit inté­gré dans le 35mm. Pourquoi on nous demande aujourd’hui que les films tour­nés en numé­ri­que y soient inté­grés ? Nous ne sommes pas contre une ouver­ture. Mais il faut savoir la faire à temps, que cela pro­fite au cinéma afri­cain mais sur­tout au Festival.

Il y a des films, tour­nés en numé­ri­que, qui sont sortis dans les salles afri­cai­nes avec succès et ne peu­vent donc pas concou­rir ?

C’est ce que je vous dis, le Fespaco a ses règles de com­pé­ti­tion et elles sont sacrées. Il faut les res­pec­ter. Avant de faire bouger les lignes, il faut qu’il y ait une réflexion glo­bale. On ne peut pas bouger comme ça en fonc­tion de l’avan­cée tech­no­lo­gi­que, ça serait une catas­tro­phe pour nous. Donc comme il y a le numé­ri­que, il faut qu’on bouge les règles ?

Pourtant la pro­duc­tion ciné­ma­to­gra­phi­que de ces der­niè­res années s’est lar­ge­ment appuyée sur les outils numé­ri­ques …

Nous ne disons pas le contraire, nous même encou­ra­geons les cinéas­tes à les uti­li­ser. Mais nous sou­hai­tons aussi, les uns et les autres être à la recher­che de l’excel­lence. Vous savez très bien qu’un film tourné en 35 mm n’a pas la même qua­lité visuelle qu’un film tourné en numé­ri­que. Ça il faut qu’on le prenne en compte. Il ne fau­drait pas qu’on prenne coûte que coûte une tech­no­lo­gie qui, de mon point de vue, est de moin­dre qua­lité par rap­port à une tech­no­lo­gie confir­mée de meilleure qua­lité. Je crois que le débat est lancé et qu’il se pour­sui­vra…

Le cinéma popu­laire fait sa place petit à petit au côté du cinéma d’auteur. L’avez-vous cons­taté en par­ti­cu­lier dans cette édition ?

Oui il y a des pro­gres­sions qui se font dans ce sens. Je pense que le cinéma popu­laire répond à un besoin immé­diat. Mais sou­vent ce cinéma ne peut pas être un cinéma de réfé­rence pour défen­dre l’image de l’Afrique, dans ce que j’appelle le dia­lo­gue des cultu­res pour la qua­lité des images et la recher­che des réfé­ren­ces. Quand on prend Moolaade ou les films de Souleymane Cissé, quand vous les voyez du point de vue de la qua­lité, ils peu­vent aller par­tout dans le monde. Je crois que c’est cela qu’il faut encou­ra­ger. Mais les films popu­lai­res eux, répon­dent à un besoin de dis­tri­bu­tion de l’image de l’Afrique et ça aussi il faut qu’on l’encou­rage. Le Fespaco encou­rage tous les genres de cinéma.

Propos recueillis par B. Tiprez

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