La chronique de Caroline
Publié le : vendredi 6 mars 2009
Afrique du Sud et liens familiaux

« la rue étourdissante autour de moi hur­lait »… Ah, Beaudelaire a-t-il fait le Fespaco à Ouagadougou ? Que de films, que d’images, que d’uni­vers. Les liens fami­liaux se téles­co­pent dans mon esprit et ils ont le visage de la Tunisienne Nadia El Fani ren­dant un hom­mage tendre et intel­li­gent à son père dans « Ouled Lénine », un docu­men­taire qui décline (pensée) com­mu­nisme et indé­pen­dance. C’est ensuite le père qui, dans « nothing but the truth » de, par et avec John Kani, un film sud-afri­cain où un père vieillis­sant avoue à sa fille et à sa nièce la jalou­sie qu’il a tou­jours eue envers son frère, consi­déré comme un héros natio­nal de la lutte de l’ANC, alors que lui a eu un destin simple (car telle est la vérité, et ce n’est pas celle de la com­mis­sion : son frère avait séduit sa femme). Rivalité fra­ter­nelle et fra­tri­cide entre les deux amis d’enfance du film de Mansour Sora Wade « les feux de Mansaré ». Ma mémoire s’attarde aussi sur la rela­tion fami­liale ténue que décrit le film algé­rien « La maison jaune », du réa­li­sa­teur algé­rien Amor Hakkar. Une famille y est vic­time d’un deuil. La mère est absente, murée dans sa peine et c’est mené par sa fille de douze ans que le père, un paysan, va tenter de trou­ver d’abord à la phar­ma­cie - puis dans d’autres sub­ter­fu­ges-, un remède contre la tris­tesse. Je vou­lais oublier ce film mais cette énigme fami­liale me trotte encore dans l’esprit. Qu’a voulu me dire ce film ? Reste encore le visage du père dans le court-métrage maro­cain (« le reve­nant » - de Mohammed Ahed Bensouda) : un homme vieillis­sant sort de prison, va dans un bar et est alpa­gué par une pros­ti­tuée qui lui vole tout ce qu’il a. Lorsqu’il rentre chez lui et retrouve sa femme et sa fille… il reconnait la jeune pros­ti­tuée. Mama Keita dans « l’absence » raconte aussi l’amour-haine tra­gi­que entre un frère absent et une petite sœur qui a mal tourné dans la nuit daka­roise… Frères et sœurs - il y a aussi ce joli film béni­nois, « les insé­pa­ra­bles » de Christiane Chabi Kao (mais je salue ici aussi une per­sonne - un Blanc, deh ! - qui a je crois contri­bué au film, Pierre Linhart), en com­pé­ti­tion vidéo, qui conte l’his­toire d’amour d’un petit frère et une petite sœur que la vie sépare de leurs parents, comme dans les contes… Toutes ces his­toi­res se par­lent et se répon­dent entre elles, dres­sant une comé­die humaine, tra­gé­die par­fois. Le visage de la mère qui a dû se pros­ti­tuer et même tuer pour sauver sa fillette malade du palu­disme dans le court-métrage « Sauver Rama ». Emotions. Emotions. Tout ce que l’on finit par rete­nir des films sont ces moments d’émotions qui se lisent sur des visa­ges.

Mon énigme du jour : pour­quoi y a-t-il deux por­traits de la can­ta­trice séné­ga­laise Yandé Codou Sene au Fespaco en même temps ?

Ma deuxième ques­tion, que j’adresse cette fois aux orga­ni­sa­teurs : com­ment peut-on voir, (si l’on n’a pas pu se rendre à pro­jec­tion car le taxi est tombé en panne avenue du Travail, près du marché, parce que la pala­bre a trop duré, parce que le palu­disme a trop frappé…), le film docu­men­taire dont beau­coup par­lent, de Jihan Tahri sur l’ANC (« behind the rain­bow ») pour avoir une vision plus com­plète de l’évolution de ce pays incontour­na­ble cette année au Fespaco. Je pour­rai alors tenter d’en dres­ser le por­trait ima­gi­naire, entre « Nothing but the truth », un film qui a le mérite de mon­trer com­ment la majo­rité silen­cieuse conti­nue à évoluer et faire le deuil de son héroïsme, quinze ans après la fin de l’apar­theid, com­plété en ombre et lumière par « Jérusalema », un scar­face sud-afri­cain qui dresse un por­trait ter­ri­fiant de la Johannesburg des années 2000 (il faut pas avoir honte d’aimer les bad boyz et la vio­lence au cinéma, j’ai trouvé que Ralph Ziman le fai­sait mer­veilleu­se­ment bien et une copine nigé­riane m’a confié que c’était pour elle le meilleur film du Fespaco), et enfin, le ter­ri­fiant « triomph » de Michael Raeburn (ah, oui, pour les liens fami­liaux, Michael Raeburn a bien carac­té­risé sa famille de « white trash » : la mère couche avec son fils, qui n’est pas le fils de son père, avec qui elle vit, mais de son frère, qui vit également dans la maison… le pitch est clair ?).

Pourquoi les docu­men­tai­res ne sont-ils visi­bles qu’une fois ? Pourquoi n’y a-t-il pas de pro­gramme dis­po­ni­ble ? Pourquoi le côté doc n’est-il pas pré­sent cette année ? Pourquoi n’y a-t-il pas moyen de consul­ter les films en dvd, au moins pour la presse ? Pourquoi les jour­na­lis­tes se sen­tent-ils un peu aban­don­nés dans ce fes­ti­val ? Et puis allons-y… (Je me fais ici encore le relais du public oua­ga­lais ren­contré au gré de mes péri­gri­na­tions ciné­phi­li­ques) Pourquoi ne voit-on pas les films du Fespaco en dvd ou dans les ciné-clubs ? Même si, chaque année, beau­coup de confé­ren­ces fati­guent les sali­ves fati­guées des pro­fes­sion­nels, il fait chaud en plus. Personne ou pres­que n’a vu Ezra, le film primé de l’étalon du Yennenga en 2007. Ne m’en voulez pas pour le mélange des genres, j’ai vu trop d’images en très peu de temps.

Caroline Pochon

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