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130 millions de mercis à Sembène Ousmane
Publié le : lundi 15 janvier 2007
Colle souffre des séquelles de l’excision. Il faut dire que les conséquences de l’excision sur la femme sont multiples. Pratiquées dans des conditions d’hygiène souvent précaires, l’excision est à l’origine d’infections multiples, vulvaires, urinaires et gynécologiques, ces dernières pouvant entraîner une stérilité.
Le festival de Cannes vient d’honorer un film africain. Moolaadé de Sembène Ousmane. A travers cette distinction, c’est 130 millions de mercis que Sembène reçoit de la part des femmes et des filles excisées à travers l’Afrique.

Depuis la nuit des temps, dans plu­sieurs pays afri­cains, le pas­sage de l’homme du stade d’enfant au stade d’adulte est marqué par la cir­conci­sion. Chez la femme, une pra­ti­que pres­que… iden­ti­que se fait : c’est l’exci­sion.

L’exci­sion, appelé aussi "asseoir sur le cou­teau" chez les bam­bara, consiste en l’abla­tion du cli­to­ris ou tout ou partie des peti­tes lèvres. L’exci­sion et les autres muti­la­tions géni­ta­les fémi­ni­nes tou­chent, selon des chif­fres de l’O.M.S de 1998, 130 mil­lions de femmes et de filles en Afrique. Chaque année sur le conti­nent, c’est 2 mil­lions de cas en plus. En France, quel­ques 30 000 per­son­nes sont concer­nées par ce fléau.

Sembène Ousmane à dit non à cette pra­ti­que hon­teuse qui n’a pour autre but qu’avilir la femme. Il l’a dénon­cée dans son der­nier film. Dans Moolaadé ou droit d’asile, Sembène raconte l’his­toire d’une femme, Colle Ardo, seconde épouse et mère exci­sée.

Colle souf­fre des séquel­les de l’exci­sion. Il faut dire que les consé­quen­ces de l’exci­sion sur la femme sont mul­ti­ples. Pratiquées dans des condi­tions d’hygiène sou­vent pré­cai­res, l’exci­sion est à l’ori­gine d’infec­tions mul­ti­ples, vul­vai­res, uri­nai­res et gyné­co­lo­gi­ques, ces der­niè­res pou­vant entraî­ner une sté­ri­lité. La dif­fu­sion des infec­tions peut s’étendre et géné­rer des sep­ti­cé­mies condui­sant dans cer­tains cas à a la mort.

Consciente de tout le mal que peut faire l’exci­sion, Colle a refusé de faire "couper", de faire exci­ser sa troi­sième fille vivante, car elle a déjà perdu deux filles qui ont suc­combé à l’exci­sion. Quatre autres fillet­tes refu­sent aussi de se faire muti­ler. Elles vien­nent rejoin­dre Colle Ardo et lui demande l’asile, le moo­laadé. A partir de ce ins­tant, deux camps s’oppo­sent dans le vil­lage. Ceux qui sont pour que la tra­di­tion se per­pé­tue, et celles qui sont pour le refus de cette tra­di­tion.

A tra­vers son film, Sembène nous montre une Afrique en lutte. En lutte non seu­le­ment contre cer­tai­nes pra­ti­ques avi­lis­san­tes, mais une Afrique ou l’héroïsme est vécu au quo­ti­dien par des gens simple, sans his­toire.

Moolaade sort après Faat Kiné, l’avant der­nier film de Sembène ou il rend hom­mage à une mère céli­ba­taire, trahie par deux hommes, qui se bat pour éduquer ses deux enfants. Faat Kiné, Moolaadé font partie d’une tri­lo­gie inti­tu­lée l’héroïsme au quo­ti­dien. Le der­nier film de cette tri­lo­gie s’appel­lera " La confré­rie des rats ". Le scé­na­rio est déjà écrit. A tra­vers ce film, Sembène racontera l’his­toire d’un juge qui est assas­siné en pleine ville. Il enquê­tait sur l’enri­chis­se­ment illi­cite. La presse fait des arti­cles, atta­que le gou­ver­ne­ment, qui nomme un autre juge : ce der­nier va décou­vrir pour­quoi on a tué son pré­dé­ces­seur et ses décou­ver­tes vont faire trem­bler la Nomenklatura.

La défense de la liberté de l’homme a tou­jours été un objec­tif fon­da­men­tal de Sembène Ousmane. "Ce qui m’inté­resse dit-il, c’est d’expo­ser les pro­blè­mes du peuple auquel j’appar­tiens. Je ne cher­che pas à faire du cinéma pour mes petits copains, pour un cercle res­treint d’ini­tiés. Pour moi, le cinéma est un moyen d’action poli­ti­que".

Avec plus d’une quin­zaine de film à son actif, Sembène Ousmane, l’aîné des anciens jette un regard sans com­plai­sance sur les maux de la société afri­caine. Dans cette Afrique qui bouge, le der­nier film de Sembène aura cer­tai­ne­ment un impact sur la popu­la­tion afri­caine. Gageons que ce film aidera les poli­ti­ques a voté des lois qui puni­ront sévè­re­ment ceux qui s’adon­nent à ces pra­ti­ques rétro­gra­des que sont l’exci­sion et autres muti­la­tions. Comme le dit si bien le cinéaste Paulin sou­ma­nou Vieyra, "mieux que les dis­cours ou les écrits des jour­na­lis­tes, les films de Sembène tra­vaillent l’opi­nion dans le sens d’une prise de cons­cience sur les réa­li­tés afri­cai­nes".

Achille Kouawo

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