La lune n’était plus au rendez-vous
Publié le : jeudi 18 mars 2004

"Il était une fois, une belle fille dont la par­ti­ci­pa­tion aux mani­fes­ta­tions du vil­lage était deve­nue remar­qua­ble. Puis un jour, elle dis­pa­rut. Les autres se sont réunis sous l’arbre à pala­bre pour savoir pour­quoi elle ne par­ti­ci­pait plus aux ren­contres et com­ment faire reve­nir celle dont l’absence déso­lait tout le monde". En intro­dui­sant sa com­mu­ni­ca­tion sur "l’émergence du cinéma au Niger ", Harouna Niandou, cri­ti­que de cinéma et pre­mier pré­si­dent de l’Association des Cinéastes du Niger, par l’anec­dote de la Belle Absente, évoquait de manière imagée la pro­blé­ma­ti­que actuelle du cinéma nigé­rien. Autrefois pré­sente, et depuis une ving­taine d’années absente.

Il a rap­pelé le passé glo­rieux du cinéma nigé­rien. Ce cinéma répon­dait pré­sent dans pres­que toutes les ren­contres et fes­ti­vals en Afrique, et ailleurs. Combien de films nigé­riens ont rem­porté des prix et des cinéas­tes nigé­riens sont deve­nus des réfé­ren­ces sur le plan inter­na­tio­nal ! Harouna Niandou n’a pas manqué de dres­ser le bilan des années blan­ches et sèches que connaît le sep­tième art, comme par coïn­ci­dence, depuis le décès d’Oumarou Ganda.

Pourquoi ce cinéma est-il tombé dans une léthar­gie ? Hamidou Lailaba Ko, socio-psy­cho­lo­gue, a tenté d’appor­ter quel­ques éléments d’appré­cia­tions sur le pour­quoi de la léthar­gie du cinéma nigé­rien. Dans sa confé­rence inti­tu­lée " Le Niger a-t-il besoin d’un cinéma ? " . Après avoir insisté sur la néces­sité de l’image dans toute société, le socio-psy­cho­lo­gue a dénom­bré parmi les causes du mal qui mine le cinéma nigé­rien quel­ques points. Il a noté que la trop grande pré­sence de l’Etat-pro­vi­dence qui réduit l’ini­tia­tive indi­vi­duelle, la situa­tion géné­rale de la pau­vreté, la part congrue du budget natio­nal allouée à la culture, l’absence d’une stra­té­gie claire de déve­lop­pe­ment du cinéma nigé­rien en par­ti­cu­lier et de la culture en géné­ral ont concouru à plon­ger les cinéas­tes dans le décou­ra­ge­ment et la léthar­gie.

Le confé­ren­cier a pro­posé entre autres solu­tions, la pro­mo­tion du Niger, de son tou­risme, de sa culture, de son cinéma par les repré­sen­ta­tions diplo­ma­ti­ques à l’étranger. "Le cinéma est l’ambas­sa­deur de l’Afrique auprès des autres pays " a-t-il repris citant Sangoulé Lamizana, ancien pré­si­dent de la Haute Volta, aujourd’hui Burkina Faso.

Dans le débat qui a suivi, cer­tains par­ti­ci­pants devaient rele­ver qu’il n’avait jamais manqué de pro­po­si­tions de sortie de crise. Mais c’est le pas­sage à l’action qui manque. Alors, la belle fille, com­ment la faire reve­nir dans les mani­fes­ta­tions ? De nom­breu­ses per­son­nes man­quaient au débat. Est-ce par décou­ra­ge­ment total ? La rési­gna­tion ? Faut-il penser qu’une géné­ra­tion a accom­pli sa mis­sion et que le temps est venue pour q’une autre prenne le témoin ?

Candide Etienne
Clap Noir
21 février 2004

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