Le ton est donné
Publié le : mardi 29 mars 2005

Depuis 1985, les cinéas­tes en Afrique se retrou­vent à chaque édi­tion du Fespaco autours d’un thème. Pour cette édi­tion, le thème pro­posé à la réflexion est celui du pro­fes­sion­na­lisme. Baba Hama donne le ton. Dans le mot qu’il adresse aux fes­ti­va­liers, il dit que "si les mises en scènes sont mieux maî­tri­sées, si les images se lais­sent contem­pler, si les rares tru­ca­ges ou effets spé­ciaux sont plus raf­fi­nés, si le jeu d’acteur est le plus juste qui soit, si…, le patri­moine ciné­ma­to­gra­phi­que afri­cain s’enor­gueilli­rait de mille et une mer­veille !".

Le thème du pro­fes­sion­na­lisme nous ques­tionne. Qui est pro­fes­sion­nel ? Celui-là qui tra­vaille dans le cinéma sans for­ma­tion ini­tiale et qui en vit ou celui qui a appris ce métier à l’école, c’est-à-dire qui a un diplôme.

Les métiers du cinéma ont la par­ti­cu­la­rité d’avoir deux faces. La pre­mière est la maî­trise de la tech­ni­que, la seconde est le don. On a beau avoir fait une grande école de réa­li­sa­tion, si on n’est pas doué pour diri­ger des acteurs, diri­ger une équipe, on ne fera que des piè­tres pres­ta­tions.

La seconde face de la pièce est la sui­vante. Le don ne suffit pas pour faire un bon cinéaste. Il faut appren­dre le métier soit dans des écoles créées pour cela, soit sur le ter­rain. Le ter­rain est de plus en plus banni par les pro­fes­sion­nels comme lieu d’appren­tis­sage et de for­ma­tion. On remar­que que quand x ou y dit s’être formé sur le tas, il est tout de suite mis de coté. Cette for­ma­tion n’est pas mau­vaise en soi mais il faut qu’elle soit faite dans des condi­tions pro­fes­sion­nel­les et qu’elle soit le trem­plin vers des lieux de for­ma­tion et de maî­trise de la tech­ni­que.

Durant cette édi­tion du Fespaco, il faut que les fes­ti­va­liers pren­nent en compte la réa­lité du peu d’écoles et d’ins­ti­tuts exis­tant en Afrique. N’y a t-il pas une nou­velle appro­che de la for­ma­tion à envi­sa­ger ? Ne peut on pas inven­ter les for­mu­les pro­duc­tion for­ma­tion, c’est-à-dire, entrer sur des pro­duc­tions en tant que sta­giai­res et paral­lè­le­ment suivre des cours sur le lieu du tour­nage ? Une chose est sure. Aller se former dans les pays du Nord sera de plus en plus dif­fi­cile pour les afri­cains, car les finan­ce­ments n’exis­tent plus en quan­tité. Il faut des écoles. Il faut des ins­ti­tuts de for­ma­tion. L’expé­rience d’Imagine au Burkina Faso doit être appro­fon­die, et pour­quoi pas, popu­la­risé un peu par­tout sur le conti­nent.

Le cinéma est un art mais aussi une tech­ni­que. Il nous faut allier les deux. Tola Koukui, comé­dien béni­nois le disait déjà à l’édi­tion passée du Fespaco. "Comédien afri­cain, griot des temps moder­nes. De la même manière qu’être griot ne s’impro­vise pas, être comé­dien ne s’impro­vise pas. Il faut un long appren­tis­sage. Il est donc néces­saire de penser à la for­ma­tion du comé­dien".

Achille Kouawo
23 février 2005

Les thèmes du Fespaco
1985 : 9ème édi­tion : "Cinéma et libé­ra­tion des peu­ples"
1987 : 10ème édi­tion : "Cinéma et iden­tité cultu­relle"
1989 : 11ème édi­tion : "Cinéma et déve­lop­pe­ment"
1991 : 12ème édi­tion : "Cinéma et envi­ron­ne­ment"
1993 : 13ème édi­tion : "Cinéma et liber­tés"
1995 : 14ème édi­tion : "Cinéma et his­toire"
1997 : 15ème édi­tion :"Cinéma, enfance et jeu­nesse"
1999 : 16ème édi­tion :"Cinéma et cir­cuits de dif­fu­sion en Afrique"
2001 : 17è édi­tion : "Cinéma et nou­vel­les tech­no­lo­gies"
2003 : 18 è édi­tion : "Le comé­dien dans la créa­tion et la pro­mo­tion du film afri­cain"

Rétrospectives des col­lo­ques du Fespaco
1974 : "Le rôle du cinéaste dans l’éveil d’une cons­cience de civi­li­sa­tion noire".
1976 : "Le cinéaste afri­cain du futur : impli­ca­tion édu­ca­tive".
1979 : "Le rôle du cri­ti­que du film afri­cain".
1981 : "La pro­duc­tion et la dis­tri­bu­tion".
1983 : "Le cinéaste afri­cain face à son public".
1985 : "Littérature et cinéma afri­cain".
1987 : "Tradition orale et nou­veaux médias".
1991 : "Partenariat et cinéma afri­cain".
1993 : "Cinéma et liber­tés".
1995 : "Cinéma et his­toire".
1997 : "Cinéma, enfance et jeu­nesse".
1999 : "Cinéma et cir­cuits de dif­fu­sion en Afrique".
2001 : "Cinéma et Nouvelles tech­no­lo­gies".
2003 : "Le comé­dien dans la créa­tion et la pro­mo­tion du film afri­cain".

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