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Waliden, l’enfant d’autrui
Publié le : samedi 12 septembre 2009

Lumière d’Afrique : Waliden, l’enfant d’autrui d’Awa Traoré

Awa Traoré, rete­nue au Mali, n’a pu venir à Lussas accom­pa­gner son pre­mier film. La jeune femme pré­pare une thèse de doc­to­rat en socio­lo­gie sur le thème de l’adop­tion dans la société malienne. C’est natu­rel­le­ment que le projet d’un docu­men­taire sur le sujet s’est imposé à elle, afin de mieux péné­trer l’opi­nion, faire réflé­chir la société, en par­tant de sa propre expé­rience. Ecriture com­men­cée fin 2006, fin de réa­li­sa­tion en février 2009, dans le giron d’Africadoc Mali, donc.

L’adop­tion tra­di­tion­nelle était une richesse qui conso­li­dait les liens fami­liaux. Pourtant dans de nom­breux cas, la réa­lité est loin de cette image idyl­li­que, et l’enfant d’autrui consi­déré comme une charge, n’est, bien sou­vent qu’un domes­ti­que sevré de soins et d’affec­tion. Awa est une wali­den. Dans son enfance, elle a subi 3 adop­tions. La deuxième, qui a duré 10 ans, n’a été qu’une longue suite de mal­heurs et de mal­trai­tance. Dans la pre­mière partie du film, elle aborde, à la pre­mière per­sonne, et de façon sen­si­ble, ses sou­ve­nirs d’enfance. Images sim­ples. Le pudi­que récit avance à petit pas. On attend de ce pre­mier film qu’il dénonce, déli­vre, on est prêt pour l’empa­thie. Mais tout aussi tran­quille­ment, le récit s’éloigne vers d’autres rives. La cathar­sis n’aura pas lieu, ou, du moins, pas sous la forme atten­due. La vic­time s’efface der­rière la socio­lo­gue, ren­contre des témoins, recueille leur témoi­gnage, se ren­force dans le mal­heur commun. C’est à une prise de cons­cience col­lec­tive que son film appelle.

Laissons la parole à Jean-Marie Barbe qui pré­sente le film : « C’est, au fond, son his­toire et l’on sent bien qu’elle s’est rete­nue. Ce pre­mier film est un hom­mage à la parole des anciens, ceux qui cons­ti­tue son équilibre et qu’elle res­pecte au point de ne faire qu’esquis­ser le tra­gi­que de ces adop­tions et celui de sa propre his­toire, mais c’est déjà beau­coup ».
Après sa pro­jec­tion devant 300 per­son­nes au Centre Culturel Français de Bamako, la réa­li­sa­trice s’est décla­rée agréa­ble­ment sur­prise de la réac­tion du public et d’ajou­ter : « J’ai fait ce film pour le public malien, beau­coup se retrou­vent dans la situa­tion que je décris »

Loin de poi­gnan­tes confes­sions, qua­si­ment impos­si­bles dans le contexte puisqu’elles met­traient en cause des mem­bres de sa famille, elle élève une voix douce mais tenace pour parler de l’indi­ci­ble et appe­ler à plus d’huma­nité. Une leçon !

Michèle Solle
Lussas 2009

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