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Echanges croisés Dani Kouyaté et le public
Publié le : dimanche 10 juin 2007

Filmer en ville et filmer à la campagne, c’est complètement différent. Et il faut être apte à faire l’une ou l’autre des choses. Il faut être inspiré. Il s’agit de sensibilité, de feeling, d’émotion avant tout, et de volonté de dire les choses ; beaucoup plus que de modes ou de caprices des uns et des autres.

Ouaga Saga était pro­grammé dans la sec­tion « Panorama » du FIFF 2004. Extraits d’échanges croi­sés à l’issue de la pro­jec­tion entre l’ani­ma­teur, le réa­li­sa­teur Dani Kouyaté et le public.

C’est un vrai film de potes. Comment s’est passé le choix des comé­diens ?
Pour moi, le pari tenait aux jeunes… il faut dire que c’est un film d’atmo­sphère, d’ambiance et ce n’est pas un film d’his­toire. Il n’y a pas vrai­ment d’his­toire dans ce film. Donc il a fallu que je fasse un tra­vail assez énorme de com­pli­cité entre les jeunes. J’ai fait une audi­tion assez rigou­reuse et ces jeunes ont tra­vaillé ensem­ble pen­dant un mois avec un coach qui sor­tait du théâ­tre. Cela les a aidés à trou­ver un esprit de famille et a contri­bué à l’atmo­sphère du film. Si je n’avais pas eût cette atmo­sphère, je pense que ça allait passer beau­coup plus dif­fi­ci­le­ment.

Il y a beau­coup de sou­ve­nirs de votre enfance dans ce film…
Ce film retrace mon enfance et l’enfance de tous les jeunes bur­ki­nabé et c’est extra­po­la­ble à tous les pays d’Afrique car c’est de la débrouillar­dise. Ce sont les mêmes galè­res que l’on retrouve par­tout. On n’attend pas le père noël chez nous, il ne passe jamais.

Comment vous est venue l’idée d’uti­li­ser les effets spé­ciaux dans le film ?
L’idée n’est pas de moi, vous vous en doutez. Chaque petit effet spé­cial coûte de l’argent. L’uti­li­sa­tion des effets spé­ciaux sont les capri­ces de la pro­duc­tion. Moi, j’ai apporté l’atmo­sphère, la pré­sence des jeunes, le rythme de Ouaga puis il ont apporté le reste, notam­ment les effets spé­ciaux. La pro­duc­tion de ce film a été faite par une femme extra­or­di­naire qui y croyait, je ne sais pas pour­quoi. Elle s’est énormément enga­gée et son truc c’était les effets spé­ciaux. On a eu quel­ques conflits là-dessus et j’ai essayé d’amoin­drir les dégâts …(rires du public).

En com­bien de temps avez-vous fait le film ?
On a tourné en 6 semai­nes, en béta numé­ri­que et cela nous a permit de tra­vailler de façon assez légère et assez décou­pée. On a sou­vent tra­vaillé avec 2 camé­ras.

Est-ce que le film a été vu à Ouagadougou ?
Non. Pour moi, vous êtes les pre­miers spec­ta­teurs de ce film car c’est la pre­mière fois que moi-même je le vois pro­jeté en 35mm. Il n’est pas encore sorti.

Copyright Didier Bergounhoux

J’ai remar­qué que ce film est assez dif­fé­rent du pré­cé­dent « Sia, le rêve du Python » qui était beau­coup plus his­to­ri­que, qu’on qua­li­fie peut-être à tort de « cinéma cale­basse ». Là, vous nous mon­trez la ville, ses joies, ses peines… est-ce que vous allez conti­nuer dans cette lancée ou retour­ner dans un regis­tre plus his­to­ri­que ?
Moi je prends ce qui arrive. Je com­prends votre ques­tion mais je pense que l’on crée en fonc­tion des cir­cons­tan­ces, en fonc­tion de ce que l’on a à dire et en fonc­tion des oppor­tu­ni­tés. Je n’ai pas de prin­ci­pes, je pense qu’il faut de tout pour faire un monde de toutes façons. Effectivement, on nous a repro­ché de faire du « cinéma cale­basse ». Ceci dit, je ne conju­gue pas la cale­basse au sens néga­tif. C’est un ins­tru­ment fabu­leux. Le pro­blème, ce n’est pas la cale­basse, c’est com­ment on la filme. On nous a repro­ché de ne pas assez filmer la vie, c’est peut-être vrai mais ce n’est pas sur com­mande que l’on filme mais sur ins­pi­ra­tion. Je pense qu’il faut arrê­ter de com­man­der des trucs comme si on allait au super­mar­ché. Les cinéas­tes sont des gens qui sen­tent des choses et qui les disent et si tu n’as pas envie de filmer la ville ou que tu ne sais pas la filmer, tu ne vas pas le faire. Filmer en ville et filmer à la cam­pa­gne, c’est com­plè­te­ment dif­fé­rent. Et il faut être apte à faire l’une ou l’autre des choses. Il faut être ins­piré. Il s’agit de sen­si­bi­lité, de fee­ling, d’émotion avant tout, et de volonté de dire les choses ; beau­coup plus que de modes ou de capri­ces des uns et des autres. Ce film n’est pas un bébé de moi. C’est un film que j’ai signé. Mes 2 pre­miers films sont des films que j’ai vomi ; c’est ça la dif­fé­rence.

Est-ce que les comé­diens avaient déjà une cer­taine expé­rience ou était-ce une pre­mière pour eux ?
La plu­part des comé­diens jouaient pour la pre­mière fois, à part le jeune Kadou (Thomas Ouedraogo). Chez nous, on ne tra­vaille qu’avec des gens qui n’ont jamais joué, le plus sou­vent. Autrement ce sont les mêmes que vous retrou­vez dans tous les films parce qu’en Afrique, on n’a pas suf­fi­sam­ment d’acteurs formés. Donc, notre tra­vail consiste à faire un cas­ting réa­liste. C’est-à-dire que si le per­son­nage est un pares­seux, j’aurai ten­dance à cher­cher dans la vie quelqu’un qui est vrai­ment pares­seux pour ne pas avoir trop de boulot. Parce que si tu veux ren­trer dans la dis­cus­sion du tra­vail de l’acteur avec quelqu’un qui ne s’y connaît pas du tout, tu fais un coup d’épée dans l’eau.

Est-ce que vous ne serez pas un peu anxieux quand vous mon­tre­rez ce film chez vous ?
Quand c’est un film que tu as vomi comme je le disais tout à l’heure, ce n’est pas un pro­blème, ça va encore. Ca c’est mon truc que les gens aiment ou pas je m’en fous. Par contre, quand tu fais un essai, comme je l’ai fait avec celui là, avec quel­que chose qui n’est pas fon­da­men­ta­le­ment de moi, là, effec­ti­ve­ment, il y a des enjeux qui te font flip­per. Parce que si tu rates, tu te sens mina­ble. Ce film, je pense qu’il pas­sera sans pro­blème au Burkina, dans les milieux popu­lai­res parce qu’ils ne se pose­ront pas la ques­tion des effets spé­ciaux.

Propos recueillis par Benoît Tiprez

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