10 - Chroniques tunisiennes !
Publié le : lundi 1er novembre 2010
Cérémonie de clôture - JCC 2010











Les JCC 2010, ce furent neuf jours de fes­ti­val ! Du samedi au diman­che, quand on aime… ! Une énorme machine bien huilée, une orga­ni­sa­tion sans faille, une équipe nickel. Sous la hou­lette de Dora Bouchacha, hôtesse et direc­trice exem­plaire, la grande famille du cinéma s’est à nou­veau réunie dans une ambiance sans pareille.

Le théa­tre

Cérémonie de clô­ture, et lec­ture du pal­ma­rès, point d’orgues d’une grosse semaine de pro­jec­tions et de débats. Arrivée des invi­tés sur le tapis rouge, camé­ras et micros, calè­ches et limou­si­nes, hôtes­ses et échassiers. Beaucoup sont partis dans l’après-midi, ce qui faci­lite le pla­ce­ment. 20H30, dis­cours, en tête, le Ministre de la Culture : on se féli­cite de la forte pré­sence des jeunes, on parle d’une ses­sion excep­tion­nelle. A l’écran, les grands dis­pa­rus, Sotigui Kouyaté et Samba Félix Ndiaye nous par­lent encore.
Comme à l’école, on com­mence par la fin. Images, dis­cours et chants vien­nent ména­ger le sus­pense. On décou­vre ainsi que Frédéric Mitterrand est venu à Tunis… aux jour­nées audio­vi­suel­les.

Pour tout suivre, il fau­drait être tri­lin­gue, car, dans l’enthou­siasme, la tra­duc­tion fran­çaise passe sou­vent à la trappe. Défilé de prix spé­ciaux et joyeu­ses congra­tu­la­tions. Enfin, on arrive au dur.
Tanit d’or du docu­men­taire : le pré­si­dent Nabil Ayouch, pro­duc­teur, réa­li­sa­teur et scé­na­riste maro­cain remer­cie le public qui rem­plit les salles avec pas­sion. Déplore qu’il faille faire un choix dras­ti­que et annonce le prix pour Fix Me du pales­ti­nien Raed Andoni, « pour son sens de l’auto-déri­sion dans un contexte dif­fi­cile ». Le seul sur­pris à l’air d’être Raed lui-même qui monte sur la scène dans sa tenue habi­tuelle, jeans/pull noirs et reçoit son prix très sim­ple­ment sous les bravos. Prix de la pré­si­dence de la Femme Arabe (c’est nou­veau) à Rouge Pâle de Ahmed Hammed , Egypte, court métrage. Quelques chants plus loin, Prix du jury des enfants : Les Palmiers bles­sés d’Abdellatif ben Ammar, Tunisie.

Le jury

Enfin, voici, les mem­bres du jury com­pé­ti­tion offi­cielle des longs métra­ges, der­rière leur impec­ca­ble pré­si­dent, Raoul Peck. La grande actrice égyptienne Elham Shanine qui foca­lise les objec­tifs, la docu­men­ta­riste fran­çaise Diane Baratier, l’écrivain et réa­li­sa­teur afghan Atiq Ramihi, le com­po­si­teur tuni­sien Anouar Brahem et le réa­li­sa­teur séné­ga­lais Joseph Gaye Ramaka. Après avoir cité Mahmoud Darwich, « le monde a besoin de poésie.. », le pré­si­dent aver­tit : « Nous avons récom­pensé ce qui nous a semblé le plus cohé­rent, le plus inno­vant, le plus ins­pi­rant » et rajoute après avoir remer­cié Dora et son équipe : « le cinéma ne va pas bien, il faut le dire, il reste beau­coup à faire… » Dans la caté­go­rie courts métra­ges : Bronze à l’éthiopien Zelalem Woldmariam pour Lezare. , Argent à la kéniane Wanuri Kahiu pour Pumzi, et la réa­li­sa­trice bondit sur la scène, applau­dis­se­ments nour­ris, Or à Malik Amara pour Linge Sale, youyouyouyous yous …. Une réjouis­sante comé­die. Un homme tran­quille écrasé par une hor­ri­ble matrone et qui rêve de s’en débar­ras­ser…sans sur­prise…dans la salle de presse, ce film pas­sait en boucle sur les écrans vidéo… Prix du public : qui, les obser­va­teurs le savaient bien, ne pou­vait échapper au très char­mant et popu­laire Voyage à Alger de l’algé­rien Abdelkrim Bahloul. Sans sur­prise donc. Il monte sous les vivats, remer­cie Dora et émet un vœu : que les trois pays du Maghreb n’en fas­sent plus qu’un…
Meilleur rôle mas­cu­lin à l’acteur Asser Yaseen pour son rôle dans Messages de la Mer de Daoud Abdel Sayed. En l’absence de l’inté­ressé, c’est l’égyptienne du jury la « reine » Elham Chahine qui se charge de la sta­tuette. Tiens ! Nous étions beau­coup à penser au superbe acteur Abdelhadi Tourache de la Mosquée…
Meilleur rôle fémi­nin à la sud- afri­caine Denise Newman pour sa grande pres­ta­tion dans Shirley Adams d’Oliver Hermanus. Que jus­tice ! Elle est très émue. Ovation ! Tout le monde est d’accord !

Denise Newman

Autre décla­ra­tion du pré­si­dent avant de passer aux Tanits : « Je sais comme un film est dif­fi­cile à réa­li­ser et que les efforts et les inten­tions ne don­nent pas tou­jours le résul­tat escompté. On peut rater des films…Toutefois, chaque film recèle quel­que chose de par­ti­cu­lier… » Et il rajoute ces paro­les qui pas­sent pres­que ina­per­çues mais qui revien­dront plus tard dans la mémoire des atten­tifs… « Ne vous y fiez pas, ces jurés ont l’air bien tran­quille sur leur chaise mais ce sont des tigres et des tigres­ses » A bon enten­deur ?
Mention spé­ciale, (qui n’est pas obli­ga­toire mais qui sert à déblo­quer les situa­tions en cas de débats pas­sion­nés …) Chaque jour est une fête de la pales­ti­nienne Dima El-Horr. Bon, pour­quoi pas ?

Enfin les Tanits…Bronze à La Mosquée du maro­cain Daoud Aoulad-Syad (absent), c’est l’acteur qui monte cher­cher la statue. Ce film là, on l’aurait vu plus haut non ? Argent à Voyage à Alger ,encore ? Mais pour­quoi pas ? Un film bien fait et qui drai­nera beau­coup de monde dans les salles, ça compte. Et main­te­nant, tout le monde attend Shirley Adams, le plus beau film de la com­pé­ti­tion sans conteste, on a tous joué notre che­mise…Mais à l’annonce des moti­va­tions du pré­si­dent, « inno­va­tion, jeu­nesse, défense des artis­tes etc… » on sent bien qu’on va se sentir floués…le Tanit d’Or revient à… Microphone de l’égyptien Ahmad Abdalla. Un énorme cri de joie, des embras­sa­des sans fin, et l’équipe du film enva­hit la scène, le réa­li­sa­teur dis­pa­rais­sant devant son grand acteur Khaled Abol, encore un qui fait cra­quer toutes les filles…Rien pour Shirley Adams ? Tout le monde se regarde avec de grands yeux.

L’équipe de Microphone

Le Ministre de la Culture et l’équipe de Microphone

Et voilà ! Force est de cons­ta­ter que le Maghreb et les pays arabes raflent une grande partie des prix, où est l’Afrique dans tout ça ? La salle se vide très dou­ce­ment, les lau­réats dis­pa­rais­sent sous leurs copains, et fina­le­ment, ça fait du monde content….Denise Newman va télé­pho­ner à son jeune réa­li­sa­teur Olivier Hermanus. Prix d’inter­pré­ta­tion et Fipresci, pas rien quand même ! Raed Andoni, de Fix Me est content ? « Oui, je suis content ! » Il peut. Il avait de sérieux concur­rents, dans cette com­pé­ti­tion de qua­lité. Pourquoi les docu­men­tai­res ne peu­vent-ils pré­ten­dre qu’à un seul prix, alors qu’il y en a plé­thore pour les courts ? Une injus­tice qu’il fau­drait penser à répa­rer ? Le géné­ri­que de Microphone enva­hit l’écran devant une salle vide, pas plus d’une dizaine de curieux.

Tous les autres ont trop à faire dehors, à répon­dre aux micros et à com­men­ter le pal­ma­rès. Qui ne laisse per­sonne indif­fé­rent, c’est le moins qu’on puisse en dire. Repli vers les halls de la BIAT où bars et buf­fets de choc four­ni­ront les muni­tions pour une nuit de dis­cus­sions enflam­mées. Du sus­pense, des beaux acteurs moti­vés, de l’émotion, du bruit, de la fureur, des grands sen­ti­ments, c’étaient les JCC2010.

M.S.

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