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Conférence inaugurale de Elikia M’Bokolo
Publié le : mercredi 15 décembre 2010
Pessac 2010



Les éman­ci­pa­tions afri­cai­nes

Salle pleine, ce lundi 15 novem­bre 2010, au cinéma Jean-Eustache de Pessac pour la confé­rence inau­gu­rale du 21ème fes­ti­val inter­na­tio­nal du film his­to­ri­que sur le thème : La Fin des Colonies. La clim s’est mise au goût du jour, la cha­leur est intense et les ora­teurs s’essuient régu­liè­re­ment le front.
C’est à Elikia M’Bokolo, direc­teur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et pro­fes­seur à l’uni­ver­sité de Kinshasa, que revient l’hon­neur d’ouvrir le feu : il a co-écrit avec Philippe Sainteny et Alain Ferrari les quatre épi­so­des du film Afriques, Une Autre Histoire du XXème siècle, pro­grammé pen­dant le fes­ti­val. Il pro­duit, par ailleurs pour RFI, l’émis­sion heb­do­ma­daire « Mémoire d’un Continent » consa­cré à l’Afrique et à ses dia­spo­ras.
Son temps est compté, mais il pour­rait parler pen­dant des heures et des jours, tant le sujet est vaste, riche, pas­sion­nant. Alors il syn­thé­tise et donne les gran­des lignes.

Une his­toire mon­diale

En pre­mier lieu, il faut rap­pe­ler les rela­tions entre les 3 conti­nents Amérique, Asie, Afrique. Au-delà des métro­po­les et des colo­nies, il s’agit là de l’’his­toire mon­diale.
Une pre­mière vague des indé­pen­dan­ces toucha d’abord le conti­nent amé­ri­cain, les USA, Haïti, et l’Amérique Latine. Puis ce fut le tour de l’Asie orien­tale et occi­den­tale, et, enfin, l’Afrique. Et ces chan­ge­ments d’équi­li­bre ont un effet domino, les indé­pen­dan­ces sont bien soli­dai­res les unes des autres.
En Amérique du Nord, en 1812, pen­dant la guerre d’Indépendance il y eut des noirs amé­ri­cains dans les deux camps, les bri­tan­ni­ques ayant enrôlé des escla­ves pour lutter contre les colons révo­lu­tion­nai­res. Ceux-ci, réfu­giés en Angleterre furent chas­sés en Sierra Leone où ils for­mè­rent une élite intel­lec­tuelle qui jouera le rôle de fer de lance dans la lutte pour l’indé­pen­dance afri­caine. De même les mou­ve­ments d’extrême gauche bré­si­liens attein­dront l’Afrique via l’Angola . En Haïti, c’est le mythe des deux France, celle des Droits de l’Homme et celle de la colo­ni­sa­tion qui engen­dre le concept de négri­tude.
En Asie : les rela­tions avec l’Afrique sont ancien­nes. Présence d’Indiens musul­mans sur le conti­nent, et de tra­vailleurs indiens en Afrique du sud. Les bri­tan­ni­ques ont recruté des trou­pes au Congo pour faire la guerre en Inde et en Birmanie. En 1945, ces sol­dats noirs com­bat­tent les Japonais et assis­tent à l’effon­dre­ment de l’empire bri­tan­ni­que.
En Afrique : en 1960, 18 colo­nies afri­cai­nes chan­gent de statut, por­tant à 25 le nombre des états indé­pen­dants. C’est un mou­ve­ment excep­tion­nel, chan­ge­ment dans l’équi­li­bre mon­dial. Ces nou­veaux pays entrent à l’ONU en 1960, avec leur his­toire et leurs exi­gen­ces. Cette même année, pour la pre­mière fois depuis sa créa­tion en 1901, le Prix Nobel de la Paix est attri­bué à un noir : Albert John Lutuli, pré­si­dent de l’ANC, qui sor­tira de prison pour le rece­voir.

Ouragan sur Accra … et ses consé­quen­ces, les indé­pen­dan­ces

1946 Les ex-colo­nies fran­çai­ses d’Afriques Noires entre dans l’ « Union fran­çaise », pro­messe faites par De Gaulle à Brazzaville.
1951 N’Krumah demande l’indé­pen­dance de la Gold Cost à la Grande Bretagne et appelle à la déso­béis­sance civile.
1954 Fin de la guerre d’Indochine et stu­peur des sol­dats afri­cains témoins de la fai­blesse des colons. Pierre Mendès France reconnaît l’indé­pen­dance totale de l’Indochine et accepte le retrait des trou­pes fran­çai­ses.
1956 En France la loi-Cadre Deferre qui permet à l’élite indi­gène de par­ti­ci­per à l’admi­nis­tra­tion et aux déci­sions, en accor­dant aux Territoires afri­cains d’éli­rent chacun une Assemblée locale, pré­pare le pro­ces­sus des indé­pen­dan­ces.
1957 Kwame Nkrumah, fort de son succès aux légis­la­ti­ves, oblige le Royaume Uni à concé­der l’indé­pen­dance. La Gold Cost, rebap­ti­sée Empire du Ghana, res­tera dans le Commonwealth jusqu’à son indé­pen­dance le 1er jan­vier 1960, et son acces­sion au statut de République.
1958 Le Général de Gaulle décide de créer une étape sup­plé­men­taire d’auto­no­mie : « La com­mu­nauté ». La Guinée qui est la seule à l’a refu­ser accède aus­si­tôt à l’indé­pen­dance.
1959 Émeutes des Ba-Kongo à Léopoldville pour l’indé­pen­dance du Congo. La Belgique a donné l’indé­pen­dance dans la pré­ci­pi­ta­tion. En 1960, une guerre civile éclate et néces­si­tera l’inter­ven­tion de l’ONU.
1960 Afrique du sud : mani­fes­ta­tions paci­fi­ques. On assiste à la vic­toire popu­laire d’un mou­ve­ment paci­fiste venant de l’inté­rieur. Le pro­ces­sus d’indé­pen­dance a long­temps souf­fert de l’assas­si­nat de ses lea­ders.
Tous les pays membre de la « Communauté », ayant approuvé le Référendum accè­dent à l’indé­pen­dance totale sans vio­lence.

Aujourd’hui

Le dis­cours de Dakar est faux : il y avait des réseaux, des échan­ges, tout a été cassé. Les savoirs faire ont été dis­cré­di­tés, les savoirs moder­nes dis­tri­bués avec par­ci­mo­nie. L’auto­ri­ta­risme des puis­san­ces colo­nia­les a engen­dré des éco­no­mies de traite tour­nées vers l’Europe, et des socié­tés de pau­vreté. Il a fallu divi­ser pour régner et faire croire aux peu­ples que leur prin­ci­pal ennemi était leur voisin, ino­cu­ler le virus de l’eth­nisme. (Comme les alle­mands au Rwanda…)
De même, en 62, Senghor invente au Sénégal un com­plot pour se débar­ras­ser des sub­ver­sifs accu­sés de com­mu­nisme. Houphouët-Boigny agit de même, un an plus tard en Côte d’Ivoire. En France, la loi du 23 février 2005, qui porte, entre autres, sur les aspects posi­tifs du colo­nia­lisme, alour­dit la balance.
Les Africains ne sont pas des enfants. Ils ont déjà choisi, dans le passé, de se rap­pro­cher des gran­des puis­san­ces. NKrumah ira cher­cher des appuis en Chine, Sékou Touré sera le pre­mier à signer un accord avec l’URSS. Et les Usa ne sont jamais loin… Les Africains d’aujourd’hui, s’esti­ment vac­ci­nés et n’ont pas peur de trai­ter avec les Chinois.

Regardons de près ce que font les femmes et les hommes, com­ment se pour­suit le pro­ces­sus de conti­nuité de l’afri­ca­nité. L’Afrique ne nous déce­vra pas. Rabelais, déjà le disait : « Toujours l’Afrique apporte quel­que chose nou­velle. »

Michèle Solle

Lire Afrique(S), une autre his­toire du XXeme siècle

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