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Osvalde Lewat : "moi aussi, je veux rompre avec la pensée unique"
Publié le : dimanche 12 février 2012
FIPA 2012




On parle déjà de son film, Sderot, Last Exit, pro­jeté la veille. La séance d’aujourd’hui promet de rem­plir la salle. Demain elle sera partie. Osvalde Lewat, invi­tée pour la pre­mière fois au FIPA à Biarritz décou­vre un fes­ti­val de pro­fes­sion­nels pas­sion­nés. Toutes les caté­go­ries de pro­duc­tion télé­vi­suelle y sont repré­sen­tées et, pour son 25ème anni­ver­saire, le fes­ti­val a convo­qué des jurys inter­na­tio­naux pres­ti­gieux. Sderot Last Exit concourt dans la caté­go­rie, docu­men­tai­res de créa­tion.
Rencontre avec la réa­li­sa­trice.

Comment avez vous connu le Sappir col­lège ?

Osvalde Lewat : Erez, le direc­teur artis­ti­que de l’école, avait vu mon film Histoire de Nègres et m’a invi­tée au Festival de Cinéma du Sud en juin 2009. Je n’en avais jamais entendu parler. Il m’a télé­phoné, nous nous sommes ren­contrés à Paris. En fait je suis restée 10 jours à Sdérot. Puis j’y suis reve­nue pour filmer. C’est Avner qui a créé la sec­tion cinéma du Sappir Collège. Il est ash­ké­naze, a grandi dans un kib­boutz, en a souf­fert. Dans le film il expli­que qu’il l’a vécu comme un grand orphe­li­nat, où il était plus que seul. Il fait partie de l’élite de la société . Erez, également pro­fes­seur de cinéma et lui sont anti­sio­nis­tes et veu­lent rompre avec la pensée unique qui règne dans leur pays. Leur but est de répon­dre à la ques­tion : « Peut-on faire de l’art en occultant le contexte ? »

A quels étudiants s’adres­sent-ils ?

Osvalde Lewat : C’est une école très cotée, la qua­trième de tout le Moyen Orient, elle est consi­dé­rée comme une école intello, car les élèves ont un haut niveau. Elle se trouve à deux kilo­mè­tres de Gaza et les diri­geants favo­ri­sent l’inté­gra­tion de tous : les élèves venant de milieu défa­vo­risé peu­vent béné­fi­cier d’une bourse. Certains y ren­contrent des arabes pour la pre­mière fois. Une partie des étudiants fait partie de l’ultra droite. Les élèves vivent à Sderot dans des condi­tions par­ti­cu­liè­res qui exa­cer­bent leurs réac­tions.

Ce que l’on décou­vre dans la scène du match de foot à la télé ?

Osvalde Lewat : Exactement. Dans cette confron­ta­tion per­ma­nente, on ren­contre le pire et le meilleur. Dans cette scène, c’est le pire. Après avoir bu, ils sont quel­ques uns à se lais­ser aller et faire de la pro­vo­ca­tion devant la caméra. « Nous nous sommes ceux du fond du bus ! » Ils reven­di­quent leur mar­gi­na­lité, se pré­sen­tent comme des can­cres, ne se sen­tent pas concer­nés par l’utopie des diri­geants, se décla­rent ouver­te­ment anti­pa­les­ti­niens. Ce qui les inté­resse, c’est d’appren­dre à tour­ner. Ils ne font que des films de diver­tis­se­ment. Qui d’ailleurs s’expor­tent bien.

Comment s’est passé le tour­nage ?

Osvalde Lewat : Nous étions quatre. J’expli­que mes inten­tions avant de filmer. Je ne vole aucune image, j’ai tou­jours laissé la caméra bien en vue. Par exem­ple dans la scène où Erez ana­lyse un extrait de Nuit et Brouillard, j’ai filmé en conti­nue. Il laisse une longue dis­cus­sion aller entre les élèves, puis il en a fait une syn­thèse qu’il oriente vers une réflexion. Tout com­mence par des cours de cinéma et tout évolue. On va au-delà de la tech­ni­que...J’ai aussi coupé des scènes sur­réa­lis­tes.

Comment ont réagi les per­son­nes fil­mées ?

Osvalde Lewat : Dans cette école où les Israéliens s’auto­re­gar­dent à tra­vers la caméra, ils ont trouvé mon film très hon­nête. Je suis tou­jours en contact avec cer­tains d’entre eux.

Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Osvalde Lewat : Parce qu’il répond à mon ques­tion­ne­ment. Que veu­lent voir les gens ? Moi aussi, je veux rompre avec la pensée unique et je cher­che une méthode d’ana­lyse. Je vais natu­rel­le­ment vers les sujets sociaux, qui finis­sent tou­jours par le poli­ti­que.

En pré­sen­tant le film vous avez évoqué des dif­fi­cultés, pouvez vous pré­ci­ser les­quel­les ?

Osvalde Lewat : J’ai eu du mal à trou­ver le finan­ce­ment. Tout avait bien com­mencé pour­tant en ce qui concerne l’aide au déve­lop­pe­ment, mais, au moment du tour­nage je n’ai rien obtenu. La faute au sujet poli­ti­que dont la com­plexité n’a pas été très bien perçue. J’étais venue en repé­ra­ges, j’ai filmé sur la lancée en pen­sant reve­nir mais comme je n’ai pas obtenu de fonds, j’ai du faire le film avec ce que j’avais. Ce qui expli­que les pas­sa­ges en voix off.

Et main­te­nant ?

Osvalde Lewat : J’ai com­mencé à tour­ner au Mali, avec une co-réa­li­sa­trice . Le sujet : les pay­sans expro­priés pour cause de vente des terres à des grou­pes finan­ciers .

Propos recueillis par Michèle Solle
26 jan­vier 2012

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