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L’ADN des polygames
Publié le : lundi 5 novembre 2007
Billet d’humeur d’un documentariste

Né en Côte-d’Ivoire, Serge Bilé est jour­na­liste et docu­men­ta­riste. Il tra­vaille d’abord à France 3 puis RFO. Il pro­duit et réa­lise aujour’hui des docu­men­tai­res sur le monde noir. Dans la liste de ces pro­duc­tions, nous pou­vons citer "Noirs dans les camps nazis". Il nous livre ici un billet sur la pro­blé­ma­ti­que des test ADN qui secoue les milieux poli­ti­ques et asso­cia­tifs fran­çais.





A l’heure où la France cher­che à réduire ses dépen­ses publi­ques, il est sur­pre­nant que ses dépu­tés et séna­teurs gas­pillent l’argent des contri­bua­bles dans un inter­mi­na­ble débat sur le regrou­pe­ment fami­lial, dont on connais­sait, par avance, l’issue.

Car, que révè­le­ront les tests ADN, qu’on ne sache déjà ? D’abord que « l’homme afri­cain n’est pas assez entré dans l’his­toire », d’où son retard ; ensuite qu’il reste, même loin de sa base, un indé­crot­ta­ble « poly­game », d’où les émeutes en ban­lieues ; enfin que la vio­lence est « cultu­relle » chez les Noirs, d’où leur inca­pa­cité à s’inté­grer ; sans oublier qu’il y a « trop de Blacks chez les Bleus », d’où leur défaite à la der­nière coupe du monde de foot­ball !

S’ils s’étaient dis­pen­sés de ce débat, ces par­le­men­tai­res auraient pu, avec les économies réa­li­sées, enri­chir la biblio­thè­que de l’assem­blée natio­nale et du sénat, voire celle de la pré­si­dence de la répu­bli­que, de quel­ques ouvra­ges essen­tiels, pour les aider à com­bler leurs lacu­nes sur l’Afrique, dans la pers­pec­tive des futu­res lois sur l’immi­gra­tion qu’ils ne man­que­ront pas de voter à nou­veau.

Ils auraient pu, ainsi, acqué­rir le récent livre de l’his­to­rien anglais Hugh Thomas, La Traite des Noirs, qui rap­pelle, oppor­tu­né­ment, qu’au, Moyen-âge, donc bien avant l’escla­vage et la colo­ni­sa­tion qui l’ont affai­blie , « l’Afrique de l’ouest tra­vaillait le fer et l’acier comme l’Europe au 13ème siècle avant l’uti­li­sa­tion de la force hydrau­li­que », et que « la plu­part des foyers afri­cains avaient des cou­teaux, des épées, des haches et des houes de ce métal ». L’évidence même !

Ils auraient pu se pro­cu­rer, également, les fameu­ses Descriptions de l’Afrique, du voya­geur anda­lou Léon l’Africain, qui visita Tombouctou, en 1526, et s’enthou­siasma pour cette cité flo­ris­sante et moderne, tra­ver­sée « par des canaux », ser­vant à rece­voir l’eau du fleuve Niger en cas de crue. Un tiers des 70 à 80.000 habi­tants de la ville était des étudiants « pleins d’ardeur pour la science et pour la vertu ».

Ils fré­quen­taient l’uni­ver­sité de Sankoré, dont le niveau des ensei­gne­ments n’avait rien à envier aux facultés de Cordoue, Damas, Grenade, ou du Caire, comme en témoi­gne la sur­prise d’un lettré arabe, arrivé de la Mecque pour occu­per une chaire de droit. « Il se fixa à Tombouctou et trouva cette ville rem­plie d’une foule de juris­consul­tes sou­da­nais. Aussitôt qu’il s’aper­çut que ceux-ci en savaient plus que lui en matière de droit, il partit pour Fez, s’y adonna à l’étude du droit, puis il revint se fixer de nou­veau à Tombouctou ».

Faut-il, par ailleurs, rap­pe­ler, que L’Afrique noire connais­sait, à cette époque, pas moins de… sept sys­tè­mes d’écritures qui, pour des rai­sons his­to­ri­ques, n’ont pas eu le déve­lop­pe­ment de ceux des peu­ples asia­ti­ques et euro­péens : les écritures arako et nsi­bidi du Nigéria, gis­cand i du Kenya, ou encore mende de Sierra-Leone, pour ne citer qu’elles.

Faut-il, également, sou­li­gner, que c’est au Congo, que l’archéo­lo­gue belge, Jean de Heinzelin de Braucourt, a décou­vert, en 1950, la plus ancienne cal­cu­lette pré­his­to­ri­que, connue, aujourd’hui, sous le nom de bâton d’ Ishango ? Il s’agit d’un petit os, datant de 20.000 ans av J.C., sur lequel figure une série de nom­bres, et qui prouve que les Africains mai­tri­saient les mathé­ma­ti­ques bien avant tout le monde.

S’ils s’étaient dis­pen­sés de ce débat, ces par­le­men­tai­res auraient pu, aussi, ache­ter et lire Voyages dans l’inté­rieur de l’Afrique de Mungo Park, cet aven­tu­rier écossais, qui sillonna le conti­nent noir au xviiie siècle. Il a fourni de pré­cieu­ses indi­ca­tions sur les connais­san­ces médi­ca­les des « Nègres » qu’il ren­contra, et qui se révé­lè­rent « meilleurs chi­rur­giens que méde­cins », tant ils excel­laient « dans le trai­te­ment des frac­tu­res et des dis­lo­ca­tions », savaient guérir les fiè­vres, par des bains de vapeur, et soi­gner la cata­racte.

La lec­ture de ces livres, et de quel­ques autres, montre bien que la période pré­co­lo­niale fut, pour le conti­nent noir, une période faste, mar­quée par un bouillon­ne­ment cultu­rel, un déve­lop­pe­ment économique et une sta­bi­lité poli­ti­que, incar­nés, notam­ment en Afrique de l’ouest, par trois grands empi­res, celui de Ghana, de Mali, et du Songhaï, qui égalaient, en puis­sance, leurs loin­tains voi­sins arabes et euro­péens, avec les­quels ils entre­te­naient des rela­tions sui­vies. Leurs monar­ques étaient, d’ailleurs, sur bien des plans, en avance sur leur temps : Soundiata Kéita fit adop­ter, au 13ème siècle, une charte des droits de l’homme et du citoyen, la fameuse charte de Kouroukan Fouga , dont l’arti­cle 16 sti­pu­lait, déjà, que « les femmes, en plus de leurs occu­pa­tions quo­ti­dien­nes, doi­vent être asso­ciées à tous nos gou­ver­ne­ments ».
Aboubekr II entre­prit de tra­ver­ser l’Atlantique et de ral­lier l’Amérique, bien avant Christophe Colomb, comme le rap­porte l’auteur égyptien du 13ème siècle Al-Omary.
Mohamed Aboubakr créa, dès le 16ème siècle, une armée de métier et un minis­tère de… l’inté­gra­tion pour les étrangers, arabes et euro­péens, qui venaient dans le pays.

Il y eut, jus­te­ment, parmi ces étrangers, un voya­geur fran­çais, du nom de René Caillié. En route pour Tombouctou, il fit une halte à Djenné, le 11 mars 1828, et décou­vrit, en même temps que l’hos­pi­ta­lité du lieu, l’his­toire de cette île, dont le fon­da­teur, le sultan Konboro, s’était converti à l’islam, au dou­zième siècle. Il avait, à cette occa­sion, demandé, expres­sé­ment, aux oulé­mas, les doc­teurs de la loi, de prier Dieu d’accor­der au moins deux choses à sa ville. La pre­mière : « Que, celui qui, chassé de son pays par l’indi­gence et la misère, vien­drait habi­ter cette ville, y trou­vât en échange, grâce à Dieu, abon­dance et richesse, de façon qu’il oubliât son ancienne ». Et la seconde, encore plus étonnante : « Que la ville fut peu­plée d’un nombre d’étrangers supé­rieur à celui de ses natio­naux ». Ce n’est pas aujourd’hui qu’on enten­drait ça !!!

Serge Bilé

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