9 - Chroniques tunisiennes !
Publié le : lundi 1er novembre 2010
Samedi 30 novembre - JCC 2010


Abdelhadi Tourache, La mos­quée

Samedi 30. Quelque chose dans l’air annonce la fin. Le temps s’est radouci, les myria­des d’oiseaux pépient à s’en donner le tour­nis : un bruit de gra­vier qui dégrin­gole. Il reste peu de temps pour vision­ner les films dont on a manqué les pro­jec­tions. Direction la salle de presse où les 8 écrans sont déjà en main, sans comp­ter ceux qui les atten­dent. Pour une nou­veauté, c’est un succès. Il faudra pré­voir plus grand, la pro­chaine fois, et élargir les horai­res car les 2 pau­vres étudiants qui devaient plier bou­ti­que à 18h font des heures sup. En squat­tant, j’arrive quand même à voir Teta Mille Fois le docu­men­taire de Mahmoud Kaabour, Liban. Encore un réa­li­sa­teur qui filme sa grand-mère et ses sou­ve­nirs à Beyrouth. Poétique, tou­chant.

Teta Mille Fois

C’est fou ce qu’on est famille dans ce fes­ti­val…Les copains de table à l’Africa sont remon­tés comme des pen­du­les après leur visite guidée de Carthage. A celui qui n’écoutera pas les autres, on finit par les potins can­nois, c’est dire ! Croisé Raed Andoni de Fix Me, qui se met au fran­çais : « Très content ! »
J’aurais besoin d’un bon film pour me réveiller, jus­te­ment au Colisée, Terres et Cendres, le film de Atiq Rahimi, réa­li­sa­teur, écrivain Franco-Afghan, prix Goncourt pour Syngue Sabour en 2008, et par ailleurs membre du jury longs métra­ges. Désert jaune, quête ardue du grand-père et son petit fils dans un pay­sage de guerre. Mille excu­ses, la fati­gue l’emporte, je pique un petit somme.

Salle des prix paral­lè­les

18h : Remise des prix paral­lè­les dans un petit salon très vite saturé, un avant gout du pal­ma­rès. En pré­sence de tous les médias qui se bous­cu­lent..
Prix de l’Union des Réalisateurs des Courts Métrages Musulmans : un mon­sieur en minerve prend le micro, (et le gar­dera long­temps…) c’est le pré­si­dent du jury, il est ira­nien. Traduction arabe… « Que dit-il ? », mon voisin, impli­qué dans le fes­ti­val de Tétouan, hausse les épaules : « Pff ! Pour les courts métra­ges, il faut faire court ! ». Premier prix à Partage du libyen Salah Gweder, deuxième prix Obsession du tuni­sien Amin Chiboub.
Prix FIPRESCI : c’est la pre­mière fois que le célè­bre prix de la Fédération International de la Presse Cinématographique, qui par­ti­cipe à tous les grands fes­ti­vals, est décerné aux JCC. Suspense. Le pré­si­dent pré­cise que le jury a eu autant de plai­sir que de tra­vail. Prix à Shirley Adams du Sud Africain Oliver Hermanus. Cris de joie, applau­dis­se­ments, Denise Newman, l’actrice du film en rosit d’émotion. Unanimité donc…
Prix de la Chambre Syndicale Nationale des Producteurs de films : encore une pre­mière fois. Ce prix récom­pense le tra­vail d’un pro­duc­teur. Le pré­si­dent du Jury, le grand Hassen Daldoul, salue son col­lè­gue qui a pro­duit deux films sur ses pro­pres deniers (cf la chro­ni­que de ven­dredi). Lauréat des JCC 2010 : Daoud Aoulad-Syad pour La Mosquée, Maroc. « Pour son œuvre cou­ra­geuse et ses qua­li­tés humai­nes. » C’est encore l’acteur prin­ci­pal, Abdelhadi Tourache, qui va rece­voir les hon­neurs. Que serait ce film sans lui ?
Repas rapide à une table maro­caine. Mes trois com­pa­gnons désap­prou­vent le prin­cipe même du jury des jeunes. « Il y a des films que les enfants ne devraient pas voir… » Mahmoud Djemni, le res­pon­sa­ble du projet, qui pas­sait par là, tente d’expli­quer qu’il vaut mieux que les enfants puis­sent parler avec des adul­tes de ce qu’ils voient de toutes façons. Je le défends sans convain­cre.

Yamina Torres

20H salle de l’Africart. Pour la pre­mière de Vénus Noire d’Abdellatif Kechiche. La foule enva­hit la rue. C’est le week-end, le prix fes­ti­val est de 1.5 dinars au lieu des 4 habi­tuels. Des gens assis dans l’allée. La belle Yahima Torres, cubaine et prof d’espa­gnol de son état, vient pré­sen­ter le film dont elle est l’héroïne. Kechiche l’a ren­contrée dans la rue, elle lui a fait confiance. Première scène (et la plus forte, à mon avis) : devant l’assem­blée réunie Cuvier dévoile la statue de la Vénus Hottentote, nue et pré­sente les résul­tats de ses recher­ches et obser­va­tions. Froideur du scien­ti­fi­que qui par­le­rait avec plus d’émotion d’une gre­nouille. J’en ai le souf­fle coupé ! Puis le réa­li­sa­teur va dérou­ler pour nous les cer­cles de l’hor­reur. Pendant 2H40 on assiste à la des­cente aux enfers de la Vénus que tout le monde exploite. De plus en plus fort, de plus en plus bas. Jusqu’à épuisement …de cer­tains qui fuient à toutes jambes. Pour eux, trop c’est trop. Certes, on com­prend où le réa­li­sa­teur a voulu amener le spec­ta­teur, mais fal­lait-il pour ce faire l’écraser sous le rou­leau com­pres­seur de la répé­ti­tion ? Au risque d’être sus­pecté d’une cer­taine com­plai­sance…. Violentes réac­tions à l’issue de la pro­jec­tion.

Dimanche 31 : les jeux sont faits… Petit Déj avec les amis du Sénégal. Beaucoup par­tent aujourd’hui. En baroud d’hon­neur, une série de Courts métra­ges au Rio, chouette ciné. Vu Linge Sale du tuni­sien Malik Amara un court très couru…. A l’Africa, des Coréens ont rem­placé les Africains, le hall est plein de vali­ses.
A côté du Carlton ça chante dans la salle fermée d’un café, un homme fume dehors, pour­quoi ces chants ? « C’est du foot, la Tunisie perd 5 à 0 » dit-il en rigo­lant… le coif­feur Dessanges, spon­sor du Festival offre bru­shing et maquillage aux invi­tées. Dans le petit salon, ça chauffe ! Toutes les femmes ont les che­veux longs et les coif­feurs de sacrés pec­to­raux…. En route pour la Bonbonnière. Déjà ?

M.S.

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